Des filles en noir

Film français de Jean-Paul Civeyrac

Avec Elise Lhomeau, Léa Tissier, Elise Caron


Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2010


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 03-11-2010

Durée: 1h25

 

Mortelle randonnée

   Ancien élève de la FEMIS, Jean-Paul Civeyrac en dirige depuis dix ans le département Réalisation. Des neuf films qui ont précédé Des filles en noir, je n’ai vu que A travers la forêt et Fantômes que j’avais trouvé remarquables. Il semble donc que l’inspiration funèbre soit une des constantes de l’oeuvre de ce réalisateur, et sa maîtrise pour nous embarquer dans ce drame de l’adolescence découvre également un cinéaste capable d’une empathie sans voyeurisme envers les personnages étranges qu’incarnent deux jeunes inconnues qui se révèlent, d’emblée, de remarquables comédiennes, Elise Lhomeau et Léa Tissier.

C’est l’année du bac pour Noémie et Priscilla qui inquiètent les enseignants par leurs choix littéraires, surtout quand elles font l‘apologie de la vie de Kleist qui se donnera la mort. Les familles sont également préoccupées par l’attirance réciproque qui les unit dans le refus d’un avenir quelconque. Leurs vêtements sont noirs, mais elles ne versent ni dans le punk, ni dans le gothique : elles semblent seulement porter d’avance le deuil d’une vie qu’elles refusent dans une province aussi terne. Elles ne se droguent pas - l’une d’elles joue même de la flûte traversière – l’entourage des adultes est plus bienveillant qu’hostile, mais elles s’obstinent à refuser les mains qui se tendent vers elles.

   Jean-Paul Civeyrac traite ce parcours vers l’autodestruction avec une neutralité quasi scientifique, sans verser dans le pathos ou l’émotion, comme s’il était contaminé par le stoïcisme de ses deux héroïnes. Notre adhésion à ce spectacle dérangeant doit beaucoup au talent de celles-ci qui subissent froidement cette dérive mortifère qui les entraîne. Plus impressionnant que les productions prétendues gore, ce film doit être vu avec précaution.