BIUTIFUL

Film espagnol de Alejandro González Iñárritu

Avec Javier Bardem, Maricel Alvarez, Eduard Fernandez, Rben Ochandiano, Luo Jin


Prix d Interprétation masculine Cannes 2010


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-10-2010

Durée: 2h18

 

Un poquito Tou Meutch

      Alejandro González Iňárritu n’a pas fait la passe de quatre avec Guillermo Arriaga qui était parvenu à lui fourguer trois fois le même scénario sous des titres différents. Il s’est décidé à endosser le rôle d’auteur et a enfin (presque) découvert les délices de la règle des trois unités qui ne caractérisait pas ses films précédents. Mais soyez rassurés : son univers ne s’est pas égayé pour autant.



      Abandonné par Vicky, Cristina et Pénélope, Javier Bardem erre tristement dans les rues hivernales d’un Barcelone qui évoque plutôt Varsovie sous le général Jaruzelski que la perle de la Catalogne. Rien ne va plus : fagoté comme un SDF qui ferait la manche dans le métro, il vivote en soudoyant la police afin qu’elle tolère les ateliers de couture clandestins que dirige un couple gay de Chinois qui le paye pour ses interventions. Il habite dans une sorte de taudis avec ses deux jeunes enfants dont il s’occupe du mieux qu’il peut, la maman junkie étant absente pour cause de maladie mentale. Pour finir de charger la barque, le médecin lui annonce qu’il est atteint d’un cancer de la prostate avec un pronostic sans espoir, ce qui nous vaudra quelques grimaces de souffrance et quelques mictions sanglantes durant la projection. On sent déjà poindre le Prix d’Interprétation masculine.

      J’en passe (cet hyper-mélo dure plus de deux heures) pour citer, quand même, un des sommets de la poisse qui poursuit ce héros malchanceux. Comme il est profondément bon, il a pitié de ces malheureux clandestins qui gèlent dans leur cave-dortoir et va acheter des poêles pour améliorer le confort. Le lendemain, il les retrouve tous morts asphyxiés ! Quelques frissons de rires nerveux agitent quand même le public à ce moment-là. Arrivé à ce point du récit, le scénariste Alejandro González Iňárritu tombe en panne d’inspiration, fait l’impasse sur le déménagement des cadavres par le couple gay chinois et tente une vague ellipse vers la presse locale qui titre sur de mystérieux noyés que la Méditerranée rejette sur la plage de Barcelone. Nous en resterons là, sans l’amorce d’une enquête sur ce fait divers assez peu courant. Et l’histoire reprend jusqu’à une end dont on se doute qu’elle ne sera pas happy…Trop c’est trop. Comment ce réalisateur, pourtant très doué, ne voit-il pas qu’il tue l’émotion en abusant du catastrophisme ? Son acteur, dont le talent n’est pas en cause, risque de succomber sous le ridicule avant que le cancer ne l’emporte.

      A propos de ce Prix d’Interprétation, rappelons qu’il a été partagé cette année, à la visible surprise de Javier Bardem et encore plus de Elio Germano, ex-aequo inattendu pour son rôle dans La Nostra Vita, de Daniele Lucchetti. Ce film traite également du problème des travailleurs clandestins, mais « à l’italienne » : les drames ne manquent pas sur ce chantier de construction où s’est produit un atroce accident mais, au moins, il y a parfois du soleil et même des moments heureux dans cette communauté d’ouvriers éprouvés par la crise et par le remords.