Entre nos mains

Film français de Mariana Otero

 
Sortie le 06-10-2010

Durée: 1h28

 

Un film en Scop

Devant les difficultés croissantes que rencontre la Direction de STARISSIMA, usine de lingerie féminine près d’Orléans, les employés – essentiellement des femmes - tentent de constituer une SCOP (Société Coopérative et Participative), forme d’entreprise dont les salariés deviendraient actionnaires majoritaires. Ces ouvrières qui ont passé toute leur vie dans l’entreprise à fabriquer des culottes et des soutiens-gorge ne sont pas syndiquées, peu revendicatives et guère portées vers la grève.


Le documentaire de Mariana Otero – mi-reportage / mi-fiction - nous dépeint avec talent le quotidien de ces femmes qui, craignant pour leur avenir, sont séduites par le projet mais, aussi, effrayées par ce saut dans l’inconnu, cette prise de risque pour laquelle elles doivent, au départ, investir un mois de salaire. Lucide, le personnel est également conscient de son évidente inaptitude à savoir surmonter seul les difficultés que rencontre la Direction. Bizarrement, celle-ci est totalement absente durant le déroulement de tous ces évènements, ce qui nous ferait presque croire que l’usine est déjà en autogestion, alors que ce n’est pas le cas. Le film décrit donc, mois après mois, l’évolution des caractères et de la situation du point de vue du personnel jusqu’à un dénouement que je vous laisse découvrir.

L’authenticité et la spontanéité de l’ensemble des participants est un des atouts du film mais, peut-être aussi, une source d’interrogations sur la réalisation à cause du final que nous propose Mariana Otero : une surprenante séquence de comédie musicale où le personnel se met à "chanter" - comme chez Jacques Demy - les conclusions qu’il tire de ces semaines de conflit, ce qui fait basculer le film du domaine de la lutte des ouvriers de LIP dans les années 70 à celui d’une fiction colorisée vraiment "culottée" ! On ne peut éviter la question qui surgit "in extremis" : ne serait-on pas leurré, depuis le début, par des comédiennes déguisées en ouvrières, ce qui expliquerait leur aisance devant la caméra ? Cet épilogue inattendu n’enlève évidemment rien aux qualités réelles du scénario ni à la problématique sociale qu’il traite, mais désamorce quelque peu la gravité du propos de Mariana Otero.