Crime d'Amour

Film français de Alain Corneau

Avec Kristin Scott Thomas, Ludivine Sagnier, Patrick Mille, Guillaume Marquet





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 18-08-2010

Durée: 1h44

 

Innocence coupable

Alain Corneau nous quitte au moment où je m’apprête à évoquer son dernier film, Crime d’Amour. On connaissait son goût pour le film noir américain et la musique de jazz, domaines où il possédait une culture encyclopédique. Mais comme Louis Malle, il n’était pas totalement prisonnier d’un genre, la variété de sa production en témoigne : Nocturne Indien, Tous les Matins du Monde ou Le Nouveau Monde n’appartiennent pas au même univers que Série Noire ou Le Choix des Armes mais, incontestablement, la majorité de ses films relèvent du thriller.


On ne peut s’empêcher de rapprocher cet ultime Crime d’Amour de Police Python 357 (1976) et de La Menace (1977) dont il était déjà le scénariste. Fasciné par les faux coupables qui accumulent des preuves contre eux pour protéger le vrai suspect, son dernier film inverse aujourd’hui ce schéma dramatique en nous proposant un vrai coupable accumulant également des indices à charge contre lui qui aideront à l’innocenter, ce qui amènera une réplique déjà culte : « Ce n’est pas parce que tout vous accuse que vous êtes innocente ! »

Alors que les deux films précités demandaient une longue et laborieuse mise en place avant que la machination ne commence à accrocher le public jusqu’au final spectaculaire, Crime d’Amour s’ouvre, au contraire, de façon très brillante par le conflit larvé qui oppose une businesswoman au sommet de sa carrière à sa jeune et ambitieuse adjointe qui vise ouvertement sa place. Soufflant le chaud et le froid, Kristin Scott Thomas est remarquable dans sa relation perverse avec cette ennemie de l’intérieur qu’incarne Ludivine Sagnier, à la fois pugnace et fragile. Autour de l’affrontement des deux femmes gravitent deux satellites masculins qui rajoutent jalousie sentimentale et professionnelle à une rivalité déjà bien installée. Cette étude de caractères, excellemment interprétée et dialoguée, suffirait à nous tenir en haleine jusqu’à un imprévisible dénouement de cette crise qui s’aggrave de scènes en scènes, évoquant la tension qui habitait déjà Stupeur et Tremblements.

C’est alors que le crime annoncé dans le titre vient interrompre ce duel passionnant et fait basculer le film dans une enquête policière plus classique qui va accumuler les coups de théâtre jusqu’à la conclusion de l’histoire. On pourrait discuter cette rupture de ton inattendue, mais la conduite virtuose du récit dans la première partie de ce Crime d’Amour mérite amplement l’estime par la maîtrise de la réalisation, la qualité de ses principaux interprètes et les discrètes - mais efficaces – interventions d’une musique subliminale. Alain Corneau va nous manquer.