Ames en Stock

Film américain de Sophie Barthes

Avec Paul Giamatti, Emily Watson, David Strathaim, Dina Korzun, Katheryn Winnick, Lauren Ambrose


Sélection aux Festivals de Sundance et Deauville


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-05-2010

Durée: 1h41

 

Pourra certainement mieux faire

Bien que récente lauréate d’un Prix du Scénario au "Sundance Institute", Sophie Barthes n’a pas totalement maîtrisé celui de ce premier film.

L’idée de départ est pourtant pleine de promesse et l’espoir de découvrir une émule de Woody Allen réjouit le spectateur durant les premières séquences (notre scénariste confie qu’elle avait écrit cette histoire dans l’espoir - non abouti - qu’il la réaliserait).

Un comédien qui joue son propre rôle, Paul Giamatti, est engagé pour interpréter "Oncle Vania" mais peine à trouver le ton juste lors des multiples répétitions de la pièce. Sa relation aux autres, d’ordre professionnel ou familial, se dégrade. Maussade et inquiet, il est envahi de toutes sortes de doutes jusqu’à ce qu’il découvre une publicité pour une "Banque des Âmes" qui propose tout simplement d’extraire l’âme d’un patient pour le soulager, et même, éventuellement, de la remplacer par une autre.
Séduit, bien que inquiet, Paul Giamatti tente l’opération et découvre, fort déçu, son âme qui ressemble à un pois chiche au fond d’un bocal.

On imagine ce que Woody Allen, Tim Burton (ou René Clair en son temps) auraient cherché à tirer de cet excellent point de départ : entre autres pistes, exploiter la surprise de l’entourage devant le nouveau comportement de notre héros enfin débarrassé de ses idées noires, par exemple.

Sophie Barthes amorce bien cette possibilité en montrant un Paul Giamatti encore pire dans son interprétation d’"Oncle Vania" depuis qu’il est privé d’âme. (Notons que le film-annonce est entièrement nourri de ces séquences prometteuses, évidemment).
Hélas, après ce brillant prologue, la réalisatrice tombe en panne d’idées et abandonne le ton de la comédie de caractère pour s’embarquer dans une filandreuse histoire de trafic d’âmes entre Russes et Américains qui n’est guère convaincante. Elle trimballe Paul Giamatti – dont le caractère morose n’a guère évolué malgré son pois chiche perdu – de New-York à St Petersbourg pour qu’il puisse récupérer son âme nichée désormais dans une "bimbo" russe, médiocre actrice de télé qui croyait avoir acheté celle d’Al Pacino !
Ces rares touches d’humour sont malheureusement noyées par le ton incertain de la réalisation qui balance, sans se décider, entre comédie de m½urs et parodie de science fiction.

Ce premier film est soutenu par d’excellents comédiens américains et russes qui ont aidé les débuts de cette jeune Française inconnue, auteur de ce scénario hors normes. On y retrouve avec plaisir Paul Giamatti, découvert dans l’excellent "Sideways" d’Alexander Payne et qui, depuis, a mis au point son personnage de bougon rêveur dans de nombreux films.

Malgré ses faiblesses, assez normales pour une première ½uvre, "Âmes en stock" a au moins le mérite d’avoir recherché une réelle originalité, qualité trop peu répandue dans la production cinématographique actuelle.