La Comtesse

Film français de Julie Delpy

Avec Julie Delpy, Daniel Brühl, William Hurt, Anamaria Marinca





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-04-2010

Durée: 1h34

 

En gore, en gore...

Après les charmants "Before Sunrise" (1995) et "Before Sunset" (2004), le décevant "2 Days in Paris" (2007) m’avait fait exprimer le souhait que la scénariste Julie Delpy quitte enfin les rails des problèmes de couple franco-américain en crise.

Elle m’a certainement entendu car voici quelle nous délivre, après un virage à 180° vers une coproduction franco-allemande, cette magnifique "Comtesse", aux antipodes de l’inspiration précédente.
Le récit de la vie de cette Comtesse Bathory, dans la Hongrie du XVIIe siècle, accusée (à tort ?) d’avoir assassiné des centaines d’adolescentes vierges afin de se barbouiller de leur sang pour conserver un teint de jeune fille, nous fascine car la distance froide et presque humoristique avec laquelle Julie Delpy traite ce massacre dénote un réel talent pour éviter les poncifs du Grand Guignol et la complaisance des habituels films d’horreur.

L’intérêt du scénario est de tenter de comprendre les raisons qui vont pousser Elisabeth Bathory à perdre ainsi la raison. Cette veuve autoritaire et puissante est tombée amoureuse d’un jeune homme qui a vingt ans de moins qu’elle. Mais il doit la quitter pour épouser une jeune fille choisie par sa famille.
La Comtesse ne se remet pas de cette rupture et tombe dans un désespoir permanent. Telle la méchante Reine de Blanche-Neige, elle interroge son miroir quotidiennement et observe les ridules qui envahissent son visage progressivement jusqu’au jour où, se passant sur le front une compresse ensanglanté par le sang d’une jeune servante blessée, il lui semble que ses rides s’effacent.
Contrairement aux histoires de vampires et autres Draculeries qu’elle va inspirer, la Comtesse est la victime d’un amour impossible, seul responsable des meurtres qu’il lui inspire. Cette Faust femelle tente d’arrêter l’insupportable marche vers la vieillesse et son angoisse, qui va la transformer en monstre, nous émeut finalement.
On ne peut qu’admirer, également, l'audace de cette comédienne polyvalente (voir le générique final). A une époque où les actrices se font momifier par le Botox dès l’adolescence - suivez mes multiples regards - la belle Julie ose affronter la laideur et se présenter sous un aspect de plus en plus ravagé, ce qui donne l’occasion d’apprécier de très subtils trucages où le reflet juvénile du miroir affronte la cruauté du réel. La réalisation sobre, mais efficace dans la reconstitution d’une époque, nous amène inexorablement à la conclusion glaciale de cette vie hors du commun.