Le Mariage à Trois

Film français de Jacques Doillon

Avec Pascal Greggory, Julie Depardieu, Louis Garrel, Agathe Bonitzer, Louis-Do de Lencquesaing





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-04-2010

Durée: 1h40

 

Rapports Greggo-Maso

Après avoir entendu à France Culture, durant 3/4 d’heure, Jacques Doillon faire une analyse élogieuse et pénétrante de son propre film et de sa façon de travailler, j’ai eu la curiosité d’aller voir le résultat.
Certes, il insistait beaucoup sur le fait « qu’il n’avait pas eu beaucoup d’argent » et que le tournage avait été très bref, filmé entièrement de jour (c’est moins cher), avec des acteurs qui sont des amis, dans un décor qu’on lui avait prêté, etc.; informations dont le public payant n’a cure mais qui paraissaient essentielles au réalisateur.

Au début, la mise en place de l’histoire, soutenue par la belle image de Caroline Champetier, n’est pas dépourvu de charme, à une réserve près : on ne comprend pas grand-chose aux dialogues murmurés dans les scènes d’intimité onirique qui ouvrent le récit et devraient nous éclairer sur la relation entre les divers personnages.
Ce filet de voix réapparaît malheureusement tout au long du film, chaque fois qu’un des couples éprouve le besoin d’échanger des confidences longuettes, ce qui n’est pas rare.
Rohmer ou Rivette ? Cette réunion champêtre d’acteurs en quête d’emploi, autour d’un auteur en panne d’amour et d’inspiration et d’une adolescente tentée par le théâtre, nous replonge plutôt dans le climat des films intellos de Pierre Kast et Jacques Doniol-Valcroze des années 70, où ce qu’on n’appelait pas encore les « bobos » refaisaient le monde dans le Luberon, autour d’un barbecue. Après tout, pourquoi pas ?
Le seul problème – fréquent dans les films de Doillon – vient de l’absence d’empathie qu’on éprouve progressivement pour les protagonistes de ce marivaudage triste dont les mentalités nous échappent. Cet incessant « je t’aime, moi non plus » collectif finit par lasser : Julie Depardieu, obligée de passer durant 1h40, alternativement du sourire aux larmes, finit par incarner la « ravie de la crèche » tandis que le fidèle Pascal Greggory, exhibant soudainement son torse, incarne difficilement un Tarzan qui serait abonné au "Nouvel Obs".
Le spectateur, ne sachant jamais quelle est la tonalité réelle de l’histoire qu’on lui raconte, se raccroche à la discrète musique de Philippe Sarde qui, depuis le début, nous suggère plutôt la piste d’un humour masqué, confirmée peut-être par le final - entonnant un hymne inattendu aux maternités généralisées et réciproques - qui semble devoir plus à Labiche qu’à Marivaux.

Le Mariage à Quatre ? A vous de choisir.