C'est ici que je vis
Petit Indi

Film espagnol de Marc Recha

Avec Marc Soto, Eulàlia Ramon, Sergi Lopez, Eduardo Noriega, Pere Subirana





Par Henri Lanoë
 

Durée: 1h32

 

Dégâts collatéraux

Cinquième long métrage du cinéaste catalan Marc Recha, les qualités de C'est ici que je vis tiennent d'abord dans la description de Vallbona, étrange quartier en mutation de la banlieue de Barcelone où se déroule l’action et, surtout, dans un bon scénario qui se présente comme une fable pessimiste.

Vallbona connaît le sort de toutes les communes trop proches d’une grande cité: située à l’estuaire de la rivière Besós, c’était encore récemment une campagne maraîchère truffée de petites maisons. Sa population vivote aujourd’hui au milieu des chantiers d’autoroutes, du TGV et de barres d’immeubles en construction, attendant une expropriation programmée. Entre la rédaction du scénario (2004) et le tournage, le paysage avait tellement changé qu’il a fallu, par exemple, reconstituer le cynodrome qui avait fermé ses portes en 2006.

C’est dans ce quartier en perpétuelle évolution que vit Arnau, 17 ans, dont la seule passion est l’élevage des oiseaux chanteurs. Il possède, entre autres, un chardonneret virtuose qui remporte tous les concours. Plus proche des animaux que des humains, il soigne également un petit renard mal en point qu’il a recueilli et finit par sauver. Arnau voudrait gagner de l’argent pour pouvoir payer un bon avocat qui sortirait sa mère qui croupit en prison. En attendant, il vit chez sa soeur aînée, Sole, qui a du mal à joindre les deux bouts, flanquée de deux paresseux chroniques : son compagnon et un autre frère, Sergi. Heureusement, l’oncle Ramon aide généreusement sa nièce grâce à ses gains aux courses de lévrier. Le jour où son chardonneret remporte le championnat de Catalogne, Arnau se voit proposer 10 000 euros par un amateur désireux de lui acheter l’oiseau. Il demande à réfléchir. En attendant, il fréquente parfois le cynodrome où il empoche de petits gains avec les conseils de l’oncle Ramon. Toujours attentif aux difficultés familiales, celui-ci offre généreusement 3000 euros à sa nièce afin de payer les charges de la maison. Elle demande à Arnau de porter la somme chez le syndic, mais le bureau est fermé et le garçon va traîner au cynodrome où un pickpocket le déleste de son portefeuille. La mort dans l’âme, Arnau se décide à vendre son chardonneret chéri… Je laisse découvrir la façon dont Marc Recha conclut cette histoire mal engagée.

Tous les éléments d’un film réussi semblent donc réunis mais, malheureusement, la réalisation n’est pas toujours à la hauteur du scénario, essentiellement parce que le film s’étire pour atteindre la durée d’un long métrage en multipliant les interminables plans fixes de paysages ou de bâtiments qui sont autant de temps d’arrêt du récit qui verse alors dans le documentaire touristique parsemé de cartes postales (tendance mieux intégrée dans son film précédent, Jours d'Août, qui dépeignait une longue errance estivale). On sait bien qu’un moyen métrage de 50 minutes - sauf à la télévision - est rarement exploitable dans un programme de cinéma. C’est dommage car c’était pourtant une durée idéale qui aurait conservé sa force dramatique à cet excellent scénario en le resserrant. Mais tel qu’il est, C’est ici que je vis mérite cependant d’être vu pour l’ensemble de ses qualités qui l’emporte sur ses quelques défauts.