Chaque jour est une fête

Film libanais de Dima El-Horr

Avec Hiam Abbas, Manal Khader, Raïa HaIdar, Fadi Abi Samra, Berge Fazelian





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 27-01-2010

Durée: 1h20

 

No future ?

Appliqué au sort du malheureux Liban, ce titre provocateur permet de mesurer le peu d’espoir que mettent dans leur avenir les habitants de ce pays sacrifié depuis des décennies. Fragile terre de paix dans cette région dévastée, sa faiblesse en a fait la proie de ses turbulents voisins, Syrie et Israël, qui l’envahissent alternativement, sans oublier les Palestiniens chassés de leurs terres, qui étaient venus s’y réfugier avant d’y être massacrés lors de la guerre civile, sous l’oeil bienveillant de Tsahal.

Depuis sa naissance, ce climat de violences incessantes n’a cessé de peser sur Dima El-Horr qui a décidé d’en faire le sujet de son premier long-métrage. Mais, tournant le dos au réalisme ou à la reconstitution historique, elle nous propose un scénario abstrait, presque onirique, qui va nous dépeindre le long trajet de trois femmes qui font connaissance dans l’autocar qui les mène visiter leurs maris détenus (ou gardien) dans une prison perdue dans le désert. Soudain, une balle tirée par un fusil invisible tue le chauffeur du car qu’aucune des passagères ne sait évidemment conduire : la cohorte des voyageuses entame alors une longue marche vers la prison en se divisant, se ramifiant progressivement, la réalisatrice ne se consacrant, finalement, qu’à trois d’entre elles. Le spectre de la guerre reste présent comme une menace, mais aucun ennemi n’est jamais identifié précisément ; des réfugiés venant de nulle part et allant on ne sait où traversent parfois l’image ; le vacarme d’un avion de chasse hors champ déchire le silence du désert ; le chauffeur d’une camionnette chargée de poules blanches communique avec une base mystérieuse… Dans cette errance qui vire au cauchemar, les rêves datant d’une époque paisible tentent parfois de se glisser.

On voit combien le sujet est ambitieux et il faut souligner le courage de Dima El-Horr qui ose affronter autant de difficultés pour un premier essai. Le prologue dénote l’oeil d’une vraie cinéaste : la longue course du jeune couple dans un tunnel, la scène d’amour subaquatique avec la robe de mariée qui se déploie comme une énorme méduse, le beau plan-séquence de l’appel téléphonique dans la gare routière de Beyrouth ou la manifestation silencieuse des femmes portant le portrait des hommes disparus en sont des preuves évidentes. Mais, une fois l’autocar parti sur la route du désert avec son chargement de femmes de détenus, les occasions de manifester ce talent vont se raréfier à cause du traitement volontairement abstrait de cet exode qui refuse, à juste titre, les facilités du film d’aventures. Malheureusement, cette aride rigueur risque d’émousser l'intérêt du public, d’autant plus qu'on reste sceptique sur la possibilité de finir à pied un tel voyage, en plein désert, sans vivres ni eau. Mais le trio est coriace et, après cette longue journée d’errance chaotique, de mystérieux corbillards surgis du néant permettront aux trois pugnaces voyageuses d’atteindre enfin cette prison perdue… Ne dévoilons pas ce qu’elles vont y trouver, mais un happy ending semblait bien improbable dans un pays aussi meurtri par l’histoire. C’est bien ce qu’éprouvent deux d’entre elles qui se retrouvent sur le port de Beyrouth, là où le film a commencé. Elles évoquent l’absence de la troisième compagne qui a peut-être fui en Afrique et contemplent la Méditerranée, ne se demandant même plus quel avenir les attend. Tragique témoignage sur un pays meurtri.