Complices

Film français de Frédéric Mermoud

Avec Gilbert Melki, Emanuelle Devos, Cyril Descours, Nina Meurisse, Jérémie Kapone


Prix de la Mise en Scène Chicago 2009


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-01-2010

Durée: 1h33

 

Enquêtes croisées

 Pour un premier long métrage, Frédéric Mermoud fait preuve d’un évident savoir-faire : il a obtenu, cette année, un Prix de la mise en scène bien mérité au Festival de Chicago. Le découpage de Complices fait alterner avec une certaine virtuosité les séquences de l’enquête menée par un inspecteur et son adjointe, et celles retraçant des épisodes de la vie de Vincent, un adolescent retrouvé mort dans le Rhône, au début du film.

Progressivement, ils nous font découvrir des pans de la vie de la victime, garçon sans repères qui gagne sa vie grâce à un réseau Internet de prostitution homosexuelle mais tombe amoureux d’une lycéenne de son âge, Rebecca, qui prépare son bac. Celle-ci finira par se joindre, à contrecoeur, aux ébats de son compagnon jusqu’à la conclusion dramatique de ces relations. Cette descente aux enfers amoureuse est filmée, caméra à la main, dans les lumières gaies et l’insouciance supposée de la jeunesse.

 Par contre, l’enquête policière baigne dans un climat gris, triste et lourd, avec ce couple d’enquêteurs qui échange peu à peu des confidences, portant sur leur propre existence où dominent les échecs de leurs vies privées, un regard lucide et sans complaisance. C’est de l’alternance de ces deux récits, traités chacun à contre-courant, que naît l’originalité de ce film hors normes servi par d’excellents comédiens d’où se détache, comme d’habitude, la sobriété de Gilbert Melki qui pratique avec talent le « non-jeu », et la découverte des jeunes Cyril Descours et Jérémy Kapone qui font de remarquables débuts. Je n’exprimerai qu’un regret à propos de l’épilogue de ce film qui me paraît souligner bien lourdement une conclusion déjà amorcée lors de la longue déposition de Rebecca qui précède, quand la jeune fille comprend soudain que l’inspecteur lui offre clairement de signer un faux témoignage qui va l’innocenter : il y a, à cet instant, dans le regard de Nina Meurisse, une charge d’émotion intense sur laquelle ce récit tragique aurait dû se conclure.