Lantana

Film australien de Ray Laurence

Avec Anthony LaPaglia, Geoffrey Rush, Barbara Hershey, Kerry Armstrong


Prix du jury du Festival de Cognac


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 24-07-2002

Durée: 1h55

 

Léon Zat, inspecteur bedonnant et blasé, la quarantaine ombrageuse, est hanté par la culpabilité depuis qu'il a trompé sa femme Sonja. Celle-ci, de son côté, est nostalgique de leur première passion, et découragée par la routine qui s'est emparée du couple.

Les cours de salsa auxquels elle traîne son mari n'y changent rien. Pire : ils lui amènent une rivale, mais celle-ci n'est pour Léon qu'un pis-aller. Parallèlement, la psychanalyste Valérie Sommers, qui soigne Sonja, tente de sauver son propre couple, fragilisé à la suite de l'assassinat de leur fille, quelques mois auparavant. La disparition de la psychanalyste et l'enquête que mène Léon vont chambouler ces vies moroses et redistribuer les cartes : Léon découvre notamment que sa propre femme comptait parmi les patients de Valérie...

Que le quasi-anonymat du réalisateur, et même des acteurs, de ce petit film australien ne trompe pas : Lantana est un film magnifique, porté par la finesse du scénario et la virtuosité de la mise en scène. Car s'il repose sur une intrigue policière, d'ailleurs subtilement menée et riche en rebondissements dignes des plus grands polars, Lantana est d'abord un drame psychologique, où des destins se croisent et des caractères se confrontent - rappelant en cela Magnolia, l'extravagance des personnages hollywoodiens en moins.

Ray Laurence nous propose une variation subtile sur les liens entre deux êtres, avec une palette nuancée de relations figurant les différentes étapes de la vie d'un couple (rencontre, passion, routine, adultère, rupture), enrichie par une interprétation sobre, juste et émouvante. C'était déjà ce qui faisait l'originalité et la valeur du polar : si les premières images posent d'emblée l'atmosphère du film - le chant oppressant des cigales vient soutenir la pudeur avec laquelle est traitée la mort et son mystère - l'enquête ne commence vraiment qu'au milieu du film. Dans un premier temps, Lantana évoque neuf destins et dessine neuf caractères qui se cherchent, chacun comportant son histoire, ses désirs et ses questions. Et c'est cette enquête qui conduit les personnages auxquels nous nous sommes déjà attachés à se rejoindre.

Ponctué de salsas cathartiques, le film maintient jusqu'au bout suspens et émotion, qui se nourrissent l'un l'autre. Pour culminer en une ultime danse dont la pudeur confine à une sorte d'érotisme sublimé : voilà peut-être l'image paradoxale qui résume l'ensemble de ce film très fin, où les personnages se mettent à nu dans une sobriété des plus émouvantes.

Un très beau film. Et une surprise de taille pour l'été.