Invictus

Film américain de Clint Eastwood

Avec Morgan Freeman, Matt Damon





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-01-2010

Durée: 2h12

 

Apartiède

 Est-il possible que ce lourd pavé hagiographique soit dû au même réalisateur que Unforgiven, Sur la route de Madison, Bird ou Million dollar baby ? Où sont passés l’inspiration et l’oeil de Clint ? Cette biographie édifiante de St Nelson Mandela nous propose une succession d’images de catéchisme où le bon vieillard affrontant des auditeurs hostiles ou sceptiques, les retourne en quelques paroles miraculeuses, qu’il s’agisse de son secrétariat, de ses gardes du corps ou d’Afrikaners mal disposés. Il ne lui resterait plus qu’à marcher sur les eaux et le tour est joué : c’est la vie de Jésus, tendance Papa Noël.

Hélas, aucune surprise ne vient enrichir la platitude de ce scénario standard qui paraît destiné à un bio pic pour la télévision de l’après-midi. On devine que la médiocre équipe de rugby du début du film triomphera dans la dernière bobine, on sait que l’Afrikaner raciste, frappé par la grâce, applaudira Nelson à la fin, que les gardes du corps blancs feront copains avec leurs collègues noirs, etc. Alors, pourquoi attendre plus de deux heures ? Après l’insupportable période d'apartheid, il semble que la réussite apparente du « vivre ensemble » en Afrique du Sud méritait mieux que ce scénario calamiteux où l’habituel talent d’Eastwood ne s'est guère exprimé.

Même les excellents Morgan Freeman et Matt Damon sont déstabilisés. Le premier s’exprime avec un accent de noir sud-africain qui m’a permis d’éviter les sous-titres (seul avantage du film) et le second n’a pratiquement aucune scène à défendre. Teint en blond pour avoir l’air encore plus blanc, il cavale de temps en temps sur les terrains de rugby de gauche à droite et du début à la fin. Il nous reste le loisir d'apprécier le montage des rencontres qui mêlent les actions de jeu des acteurs à de vraies équipes, et d'admirer l’apport des trucages numériques qui remplissent les gradins du stade, car, même en Afrique du Sud, je doute qu’une production puisse se payer 63000 figurants après avoir salarié les SIX producteurs d‘Invictus. Mais pour un catalogue des effets spéciaux réussis, mieux vaut consulter celui d'Avatar.