Le bel âge

Film français de Laurent Perreau
Laurent Perreau, Juliette Soubrier

Avec Michel Piccoli, Pauline Etienne, Eric Caravaca, Johanna Ter Steege, Marie Kremer, Clément Roussier





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-12-2009

Durée: 1h37

 

Education sentimentale

 Scénariste venu du court-métrage, Laurent Perreau vient grossir à son tour la meute hebdomadaire des nouveaux réalisateurs. Mais, pour une fois, ce premier film dévoile un oeil réellement neuf pour traiter un sujet archi rebattu, c’est le moins qu’on puisse dire : les premiers émois amoureux d’une adolescente qui, de plus, hante les piscines car elle est douée pour la natation...

La crainte du déjà-vu rôde mais, dès les séquences d’ouverture, le comportement étrange de cette sauvageonne, son environnement, son jeu de cache-cache avec un vieil homme dont elle semble squatter clandestinement le domicile, tous ces éléments insolites intriguent puis calment notre inquiétude : non, Le bel âge n’est pas un copié/collé de plus d’une série déjà bien abondante. Dans son mode de vivre, Claire (étonnante Pauline Etienne) prend généralement les évènements, ses partenaires et le spectateur à contre-pied, ne réagissant jamais comme on l’imagine. Les scènes les plus convenues trouvent une chute inattendue comme cette belle idée du plan de la jeune nageuse qui va cacher sous l’eau sa joie (?) d’avoir remporté une épreuve de natation.

 Cahin-caha, semble-t-il, le récit se met doucement en place, certains mystères se dissipent, des réponses sont données aux questions qui nous tracassent, mais il faudra attendre la longue scène finale pour voir le résultat de l’addition de tous les éléments de cette éducation sentimentale. La qualité de l’écriture, déjà évidente à l’étape du scénario, est amplifiée par le couple étonnant qui incarne les deux personnages principaux : la fraîche Pauline Etienne dont le visage souvent bougon s’éclaire parfois de sourires magiques qui expriment tous les espoirs du fameux «bel âge», et un Michel Piccoli exceptionnel dans le rôle émouvant d’un vieillard que le goût de vivre abandonne peu à peu. Bien entendu, souligner l’apport de ces deux interprètes ne signifie pas que les autres comédiens aient un rôle secondaire : tous soutiennent l’entreprise et contribuent à sa réussite finale. On souhaite à Laurent Perreau de réussir son deuxième film avec autant d’invention que pour le premier.

Une légère réticence cependant : pourquoi, dans un film aussi maîtrisé, avoir ouvert - et conclu- le récit avec autant de plans chahutés, caméra à la main, dont on redoute qu’ils s’installent définitivement sur l’écran ? Pour traduire pesamment le désarroi de l’héroïne ? Heureusement, ces désagréables secousses initiales sont assez rapidement écartées et le film peut développer son véritable style, épargnant au spectateur la migraine ophtalmique qu’il commençait à redouter.