Hadewijch

Film français de Bruno Dumont

Avec Julie Sokolowski, Karl Sarafidis, Yassine Salime, David Dewaele





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 25-11-2009

Durée: 1h45

 

Et Dieu dans tout cela ?

Si je n’avais pas été informé, je n’aurais jamais pensé attribuer ce film à Bruno Dumont : tempo du récit sans longueurs, montage presque classique, pas d’accouplements frénétiques, format 1,66 au lieu du scope et, enfin, un personnage principal attachant. Bref, aucune des caractéristiques des films précédents. Le ton de certaines séquences pourrait même évoquer Robert Bresson, ce qui peut passer pour un compliment aux yeux de certains. Le mérite essentiel de cette évolution semble revenir à Julie Sokolowski qui, dans le rôle casse-gueule d’une pucelle amoureuse de Jésus, évite tous les pièges qu’un pareil penchant risquerait de susciter de nos jours (si l’on excepte le superbe Thérèse d’Alain Cavalier). La lumineuse franchise de cette jeune actrice protège le film du ridicule qui pourrait le menacer durant cette quête de l’Amour Divin. Son exaltation naïve effraie même les religieuses du couvent où cette jeune novice, ayant pris le nom d’une mystique flamande du XIIIe siècle, Hadewijch, est venue pour tenter d’approcher Dieu. La mère supérieure lui enjoint donc de regagner sa famille à Paris et de redevenir simplement Céline, comme avant. Cette première partie est encore plus remarquable d’étrangeté et de force quand on sait que Julie Sokolowski a déclaré ne pas être croyante et avoir entièrement composé son personnage. Belle performance pour une débutante qui aura attendu plusieurs mois avant de se décider à accepter ce rôle étrange et hors des modes.

 Malheureusement, la description de vie parisienne voit disparaître le dynamisme original qui ouvrait le film et Bruno Dumont, moins inspiré par le quotidien, va entourer à présent son héroïne mystique de personnages plus conventionnels : parents grands bourgeois caricaturaux, jeune arabe voleur de scooter - évidemment - mais sympathique et bon musulman, accueil chaleureux des copains de banlieue opposé aux déjeuners de famille compassés, christianisme et islamisme même combat après tout, même séduction progressive de la lutte armée au Moyen-Orient et de l'attentat avec, finalement, passage à l’acte à Paris. La pauvre Céline finira par craquer devant cette spirale et trouvera peut-être le salut avec un maçon mutique entrevu au début de l’histoire, puis emprisonné pour de mystérieuses raisons et qui viendra, dans la dernière bobine, finir son échafaudage et conclure cette quête du divin. Ce personnage border line venu du Nord nous confirme qu’il s’agit définitivement d’un film de Bruno Dumont. Malgré ce scénario qui évolue trop vite vers le schématique démonstratif, peu aidé par le jeu de comédiens beaucoup moins « habités » que l’héroïne, Hadewijch reste cependant une tentative estimable de dessiner le portrait des mysticismes contemporains.