Hadewijch

Film français de Bruno Dumont

Avec Julie Sokolowski, Karl Sarafidis, Yassine Salim


Prix de la critique Fpresci, Toronto 2009


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 25-11-2009

 

Itinéraire d’une illuminée

Pour son cinquième long-métrage, le cinéaste atypique de l’animalité humaine Bruno Dumont quitte ses rustres instinctifs de province pour suivre le parcours d’une jeune mystique de la grande bourgeoisie parisienne, littéralement amoureuse de Dieu, qui glisse peu à peu sur la pente de l’intégrisme. Une entreprise périlleuse qui a ses instants de grâce, mais aussi ses ratés.

Les silences et l’errance sont de mise dans ce film sur l’amour de l’invisible et la peine (souffrance) à vivre une vie incarnée, qui n’est à chaque instant que prison : prison du couvent, prison « carcérale », prison d’un appartement trop grand et trop riche pour la petitesse de l’homme, prison du corps qui attire les regards... Bruno Dumont met en scène avec maîtrise et élégance cette vaine tentative d’une jeune fille mal dans sa peau et dans sa chair à s’extraire du bas monde. Ce ne sont dès lors que cris sans voix dans le désert terrestre qui scandent Hadewijch, et le ponctuent de multiples instants de grâce portés par la fraîcheur et la fragilité de son actrice débutante, Julie Sokolowski. Mais cette quête de l’apesanteur et de l’intériorité suggérée est trop souvent lestée par la caricature, dans laquelle Bruno Dumont verse étrangement à trop vouloir schématiser et utiliser l’ellipse narrative. Abstraction ne veut pas dire simplisme, or nombre de scènes du film pèchent par leur invraisemblance et leurs clichés grossiers : on pense par exemple à la rencontre de Céline avec Yassine, aussi abrupte que maladroite ; au vol du scooter par « l’Arabe de service » ; ou encore – et c’est là le plus problématique – au raccourci distrait de la religion musulmane à l’intégrisme islamique, qu’un traitement narratif et psychologique un peu plus recherché aurait pu facilement éviter. Et pourtant, Hadewijch ne verse jamais dans la violence ni l’effet « coup de poing » : à l’instar de Céline, on se laisse entraîner avec douceur et inconséquence sur la pente de l’inconcevable, par un procédé de mise en scène éminemment ambigu. C’est là la force du film de Dumont, et la source de son étrange, dérangeante poésie. Mais cela ne suffit pas à emporter Hadewijch aussi haut qu’il voudrait, ou suffisamment profond.