Happy Times

Film chinois de Zhang Yimou

Avec Zhao Benshan, Doong Jie Lie Xuejian, Fu Biao, Dong Lifan





Par Stéphane Durin
 
Sortie le 10-07-2002

Durée: 1h36

 

Happy Times est d'abord un film touchant.

C'est l’histoire d’un jeune retraité qui, par le biais de petites annonces, rencontre une femme joviale, tout en rondeurs, dont il tombe amoureux. En fait c’est une effroyable marâtre: elle martyrise sa belle fille, aveugle, maigre, solitaire, abandonnée. Une relation privilégiée se nouera entre le fiancé de la mère et la jeune fille, le premier faisant croire à la seconde qu'elle travaille dans un gros hôtel.

Happy Times est un film agréable, penchant tantôt vers la chronique sociale (les mutations de la société chinoise, les Haagen Dazs qui fleurissent, les usines qui périclitent), tantôt vers le mélodrame. C'est ce dernier trait qui pose problème. Car, si l'on critique (souvent à juste titre) la prévisibilité des productions américaines, les recettes des mélodrames appliquées méthodiquement (la rencontre, le lien, le drame, les larmes), il serait injuste d'épargner Happy Times au motif qu'il s'agit d'un réalisateur chinois, d'ordinaire inventif.

C’est ce qu'il y a de plus probant avec ce film: la mise à jour des pièges guettant les réalisateurs. Qui applique des recettes n'est qu'un exécutant. Une actrice charmante ne sauve pas (toujours) la mièvrerie d'un film qui n'a rien à envier à l'académisme hollywoodien. Ni ne rachète le comique de boulevard repeint à la couleur locale. Il y a souvent, dans l'appréhension des films, une prime à l'exotisme. Exotisme temporel pour les vieux films, spatial et culturel pour les films étrangers, social pour les opus type Ken Loach. D'où le succès de ce dernier, malgré des mises en scènes ultra classiques, des scénarios invariables et un propos à la limite du populisme. Les films étrangers, souvent asiatiques, car ceux-ci jouissent d'une présomption de qualité (souvent amplement justifiée), profitent quelquefois de l'effet - ce qu'un journaliste de Libération, déplorant le conformisme du dernier festival de Venise, avait appelé le "world cinema". W.Zinhou, l'auteur de Happy Times, ne va pas aussi loin dans la démagogie que les cinéastes anglais, mais démontre que même un réalisateur talentueux (Epouses et concubines) n'est pas à l'abri de la tentation du "world mélo".