J'ai tué ma mère

Film canadien de Xavier Dolan

Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément


Quinzaine des réalisateurs, Festival de Cannes 2009


Par Elise Heymes
 
Sortie le 15-07-2009

Durée: 1h40

 

Xavier Dolan a 20 ans et témoigne d’une maturité cinématographique inouïe. Il a écrit, interprété, réalisé son premier film J’ai tué ma mère. Une oeuvre animée par une fureur que contient et transcende chaque plan.

C’est la rage que crache et crie Hubert au visage de sa mère, du haut de ses 16 ans. Celle de ne « pouvoir aimer sa mère comme un fils » le devrait. Un rejet qui gagne leur moindre contact quotidien. Une violence qui finit par faire éclater cette « cellule monoparentale ». Mais la sublimation à travers le journal filmique, l’écriture, la peinture et l’amour « au dehors », lui permettront de dépasser la tentation de la destruction.

Xavier Dolan va évidemment plus loin que son personnage. Si Hubert se débat avec sa mère pour instaurer le dialogue, s’il rêve de communication harmonieuse, de compréhension réciproque, de proximité intellectuelle, bref de complicité, non seulement Dolan incarne ses pensées et ses émotions d’adolescent, mais il construit un tissu visuel et sonore qui touche la perfection. Il dépasse l’autobiographie, l’autofiction, pour embrasser la création, dans ce qu’elle a de total. Pas de compromis. La relation d’Hubert à sa mère est ingrate. Fils indigne, mère inapte. Ils font pourtant ce qu’ils peuvent pour se faire aimer de l’autre. Quand il ne l’agresse de reproches incessants, et qu’elle ne l’irrite, ne l’insupporte, à force d’être elle-même. Pas de compromis, mais pas de vain absolu non plus. Dolan choisit de nous donner à voir le constant va-et-vient entre la puissance d’un amour qui ne sait où se justifier en l’autre et la haine qui s’ensuit de cette impuissance. Impossible reconnaissance identitaire dans le miroir qu’est cette mère, forcément imparfaite, pour ce jeune, forcément absolutiste. Dolan manie l’ambivalence avec brio. Pas une fausse note dans le jeu des comédiens qu’il dirige, qui promène du désespoir (des personnages) au rire, parfois (du spectateur). Pas un choix de cadre qui ne frustre, ou n’entame la tension dramatique, constante. Pas un ralenti ou un accéléré malhabile. Dolan ose tout. Fort de ses choix esthétiques qui portent une vitalité aussi douloureuse que libératrice. J’ai tué ma mère aurait pu prendre les plis de l’exutoire. Or c’est une magnifique déclaration d’amour. Une première oeuvre au goût sûr. Une maîtrise à couper le souffle.