Girlfriend experience

Film américain de Steven Soderbergh

Avec Sasha Grey, Chris Santos, Mark Jacobson, Glenn Kenny





Par Elise Heymes
 
Sortie le 08-07-2009

Durée: 1h25

 

Après s’être longuement consacré à des films de genres (policier, noir, action…), Soderberg revient, avec Girlfriend experience, au plus près de son premier long métrage oscarisé, Sexes, mensonges et vidéo (1989). Une autre exploration de l’intime, donc, l’allégresse en moins. Ce dernier opus est en effet une variation assez mélancolique sur la vie du monde, vue à travers les échanges, qu’ils soient sexuels, affectifs ou économiques.

Chelsea est une jeune escort girl qui se cache derrière le masque impassible de la professionnelle qui cloisonne. Vie intime privée et « vie intime » professionnelle. Soderberg explore un évènement qui survient dans sa vie d’escort girl, qui va bouleverser le calme luxe dont elle semblait jouir jusqu’à présent.

Comme pour mieux marquer à quel point son personnage bute sur ses limites quant à se maintenir dans cette double vie, le film avance temporellement par à-coups. Il opère par d’incessants retours en arrière, pour ne progresser que par le lent épanouissement de ses scènes et de ses dialogues. Il y a bien une séquence, qui fait contrepoint, parce qu’inscrite dans une la temporalité réelle d’un seul plan : un batteur joue dans une rue et la caméra ne le quitte que lorsque le musicien a  donné le coup de baguette final qui clôt son solo. En duo, en couple ou en groupes, les personnages sont soumis à un montage basé sur la répétition d’eux-mêmes, afin qu’ils s’exposent ou creusent l’autre. C’est cette relecture réitérée du même dans leurs relations qui, si elle fait rarement jaillir le nouveau, donne bien plus à voir l’identique, sa vanité, son ineptie. Les personnages sont saisis dans un contexte. Soderberg sonde d’ailleurs le bouleversement intime (amoureux et existentiel) d’une new-yorkaise, à un moment où la société américaine subit la crise financière, et où elle est en « révolution » : Obama va peut-être devenir son président.

L’absence de conclusion donne tout son sens au vague-à-l’âme de Chelsea qui a perdu pied, dans un monde qui bascule, où il faut à tout prix se protéger, trouver une stabilité, malgré tout. (A l’inverse des cours de la bourse qui chutent). Fille de la maîtrise, de la mise en scène, de l’apparence et de la surface, Chelsea est tout simplement une jeune femme déroutée par le mensonge, dévorée par la curiosité amoureuse, en quête…
Bas les masques.