Le Hérisson

Film français de Mona Achache
D’après le roman de Muriel Barbery, L’Elégance du hérisson

Avec Josiane Balasko, Garance Le Guillermic, Togo Igawa





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 03-07-2009

Durée: 1h40

 

Pique, pique et colégram…

Pour son premier long métrage, Mona Achache n’a pas choisi la facilité en se frottant au best-seller de Muriel Barbery, L’Elégance du hérisson. Pari réussi pourtant car du roman, le film a la grâce, la sagesse et l’humour, tout en usant des moyens propres au cinéma.

Si Le Hérisson ne s’inspire que très « librement » du roman de Muriel Barbery, c’est sans doute tant mieux. Du journal à deux voix qui composait le livre, Mona Achache n’a gardé que la voix de la jeune Paloma, surdouée autoproclamée suicidaire qui se livre à un amer diagnostic de l’époque contemporaine. Sa voix, ou plutôt son regard, qui s’impose au film comme un implacable fil directeur.

Les aficionados du roman pourront certes regretter les savoureuses chroniques de Renée, alias la mère Michel, lectrice passionnée cachée sous une épineuse carapace de concierge observant le petit microcosme bourgeois qui peuple son immeuble. Mais c’est pour découvrir, en la personne de Garance Le Guillermic, une Paloma magnifiquement interprétée, impertinente métaphore du cinéma s’incarnant dans une caméra qui sublime son oeil bien plus utilement que ses lunettes. Cette artiste en herbe disserte moins ici qu’elle ne peint, colle, tisse et fabrique, en un patchwork tout de vitalité (celui du jeu de go, contre le terrain de bataille meurtrier des échecs), la fiction, la création, la vie.

De Renée (émouvante Josiane Balasko), on n’a plus guère que le hérisson. La carapace externe, qui progressivement se fendille. L’oeil morne et éteint, qui se rallume peu à peu. Mais toujours à distance. A moins s’y frotter, on mesure certes moins le piquant de l’animal ; mais on en saisit d’autant mieux l’élégance, la pudeur, la mélancolie. Celle qui attire les deux autres compères du trio, Paloma et Kakuro Ozu (incarné à la perfection par Togo Ikawa). Celle qui intrigue, qui provoque le regard. Celle qui fait naître le cinéma, là où la littérature a cédé le pas.