Antichrist

Film suédois de Lars von Trier

Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe


Prix d interprétation féminine au Festival de Cannes 2009


Par Elise Heymes
 
Sortie le 03-06-2009

Durée: 1h44

 

Anti-Eden

En 1995, Lars von Trier fait « voeu de chasteté cinématographique », lorsqu’il élabore le Dogme, par dix règles contraignantes qui doivent notamment écarter l’esthétisme et la thématique de l’enjeu filmique. Dans Antichrist, il revient de façon manifeste sur ce voeu passé. Avec sa thématique martelée, son esthétisme assumé, ce dernier opus explore de façon pour le moins jusqu’au-boutiste les affres de l’ancestral conflit homme-femme.

Pendant que ses parents font l’amour, un petit garçon se tue en tombant par la fenêtre. Alors que sa femme glisse dans la souffrance abyssale du deuil impossible, l’homme veut l’aider en se faisant son thérapeute. Il la conduit dans leur « Eden », au coeur de la forêt, où il veut la confronter  à ses angoisses, afin qu’elle les dépasse.

Construit de façon didactique, en quatre chapitres intitulés Deuil, Douleur, Désespoir et Les Trois mendiants, encadrés d’un prologue et d’un épilogue en  noir et blanc, Antichrist a la résonance de l’exercice maîtrisé. Fort du souffle de la folie de ses personnages, il donne libre cours à l’irrationnel, jusqu’à la lutte physique, qui  veut faire couler le sang, puis à la violence ultime. Pétri d’abject et de cruauté, où l’homme et la femme se haïssent charnellement, ce film interroge presque autant la misandrie qu’il ne sonde (ou sombre dans) sa propre misogynie. L’homme ici, a peur de la folie de la femme qu’il croit pouvoir maîtriser, avec recul, avec calcul, plutôt que de se joindre à elle dans ce qui est leur douleur. Bien qu’elle se plie à ses «jeux », la femme rejette la maîtrise et la domination, faisant écho dans sa résistance, à sa propre thèse sur le « gynocide ». Peur de l’Autre et peur du sexe qui peut engendrer la mort (la mort accidentelle d’un enfant), peur du rapport de force, où l’homme veut avoir raison, peur archaïque de la nature féminine, Antichrist est un refus absolu de la communion, dans tous les sens du terme.