La Sicilienne
La Siciliana ribelle

Film italien de Marco Amenta

Avec Veronica d Agostino, Gérard Jugnot, Francesco Casisa, Marcello Mazzarella





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-05-2009

Durée: 1h40

 

Anti Mafiosetta

Né à Palerme, Marco Amenta est l’auteur de nombreux documentaires sur les activités de la Mafia en Sicile. Il aborde, avec ce sujet inspiré par l’histoire réelle de la jeune Rita Atria, son premier long-métrage.

Issue elle-même d’une famille mafieuse, Rita a vu son père et son frère assassinés par des mafiosi rivaux. Ne supportant plus cette menace permanente, elle a fini par se rendre au bureau du Procureur de Palerme afin de dénoncer les membres de la Cosa Nostra qu’elle connaissait. Ecolière de 17 ans, elle mesure le risque qu’elle prend en attaquant ainsi cette puissante organisation patriarcale et misogyne. Même sa mère, profondément mafiosée, la rejette pour avoir désobéi à l’Omerta : ses jours sont désormais comptés. Pour protéger son témoin, le Procureur va installer Rita à Rome, sous un faux nom, jusqu’à l’ouverture du procès où vont comparaître tous les membres de l’organisation tombés dans le coup de filet qui a suivi sa dénonciation. On imagine quel accueil attend la gamine lorsqu’elle est confrontée aux prévenus enfermés derrière des cages vitrées.

L’intérêt majeur du film est dû à l’authenticité des faits rapportés et à la téméraire dénonciation de ces crimes insupportables. Mais la réalisation n’atteint pas la force du Gomorra de Matteo Garrone qui puisait son efficacité dans la remarquable utilisation d’acteurs dont le physique banal rendait encore plus surprenante la capacité de soudaine violence de ces mafiosi que personne ne remarquait. Ce n’est malheureusement pas le cas de La Sicilienne où se succèdent, rasant les murs, les gueules les plus patibulaires du cinéma transalpin poursuivies par le Procureur Gérard Jugnot, doublé en italien, dont la bonne bouille connotée Les Bronzés en Sicile enlève toute crédibilité au personnage du magistrat. Un doute fugace surgit : s’agirait-il d’une parodie à la Mel Brooks ? Mais ce sentiment est vite balayé par la jeune Veronica d’Agosto, dont la beauté rustique et butée traduit l’exaspération qui la ronge : elle seule nous fait croire à cette jeune étudiante dans l’héroïque combat solitaire qu’elle tente de mener contre plus fort qu’elle. Pour sa présence, le film mérite d’être vu.