Country teacher
Venkovski ucitel

Film tchèque de Bohdan Slama

Avec Pavel Liska, Zuzana Bydzovska, Ladislav Sedivy, Marek Daniel, Tereza Voriskova


Sélection Venice Days 2008, Festival de Toronto 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 01-04-2009

Durée: 1h57

 

Le gay savoir

Jusqu’où ira l’anglomanie ? Voici un film tchèque qui arrive sur nos écrans avec un titre anglais ! Les distributeurs craignent-ils que L’instit’ rural, ou La vie intime des escargots - véritable sujet du film - ne soient pas assez « porteurs » ?
Même Homo Sapiens aurait pu combler les mauvais esprits ou, pour les puristes, pourquoi n'avoir pas gardé le titre original : Venkovski Ucitel, tout simplement ? Le public a bien encaissé Tornando a casa, Batalla en el cielo, Far North et tous les films américains qui conservent leur titre parce que ça fait chic et que Duplicity sonne mieux qu’un banal Duplicité. Bohdan Slama ne doit pas être surpris puisque son film précédent, Stetsi (2005), était déjà devenu Something like Happiness sur les écrans français. N’insistons pas, c’est un combat perdu d’avance, je sais.

A part cela, c’est avec plaisir que nous découvrons un film issu d'une production qui était en tête du cinéma européen dans les années soixante avant que l’exil américain de la plupart de ses réalisateurs ne la décapite. On peut retrouver aujourd’hui la verve et l’invention de cette époque chez les jeunes cinéastes roumains : même goût pour des histoires de gens simples confrontés à des difficultés trop lourdes pour leur vie quotidienne, aux antipodes du cinéma-spectacle pour préadolescents dont Hollywood nous abreuve abusivement. On retrouve chez Bohdan Sláma le charme pour aborder les incertitudes sentimentales qui caractérisait les films de Milos Forman ou d’Ivan Passer lorsqu’ils étaient encore Praguois. Mais nous sommes au 21e siècle et lesdites incertitudes ont nettement évolué, ce qui nous ramène aux problèmes de notre Country Teacher.

Celui-ci débarque donc dans un petit village pour enseigner les sciences de la vie aux enfants. Les habitants s’étonnent un peu de voir un professeur de biologie quitter un poste prestigieux à Prague pour venir chez eux, même si la campagne y est belle. Mais le jeune homme est vite adopté car il est aimable, discret, et peu exigeant sur le confort et la nourriture. Il est surtout apprécié par une voisine fermière, belle femme esseulée plus âgée que lui, qui multiplie en vain les approches vers ce timide voisin. Quel chagrin, quels secrets minent donc le jeune professeur ? Progressivement, nous découvriront qu’il est, en fait,  amoureux du fils de la fermière, Lada, bel adolescent qui, lui, n’a d’yeux que pour la jolie Popsie qui va finir, elle,  dans les bras de l’ex-amant du professeur venu rechercher son instituteur chéri perdu dans ce trou agricole.

Voici un marivaudage tchèque qui nous fait mesurer combien le monde a changé depuis Forman et Passer et combien un cinéaste actuel peut s’éloigner désormais des classiques incertitudes sentimentales du passé. Cet imbroglio à la mode, mené par Bohdan Sláma avec une allégresse triste, aboutit malheureusement à une conclusion optimiste tellement improbable, qu’elle risque de plonger le spectateur dans un profond scepticisme.