La Fille du RER

Film français de André Téchiné

Avec Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc, Nicolas Duvauchelle





Par Elise Heymes
 
Sortie le 18-03-2009

Durée: 1h45

 

Le coeur d un mensonge

Comme dans Les Témoins (2007), Téchiné associe la gravité du sujet de La Fille du RER à son esthétique estivale. En plaçant le fait divers dont il s’inspire sous le signe de la couleur et de l’éclat solaire, le cinéaste apporte un éclairage qui veut faire jour sur sa complexité. Pari à moitié réussi.

Jeanne vit chez sa mère, en banlieue parisienne. Elle cherche en vain du travail. Ne parvenant à se « poser », elle se faufile incessamment en rollers. Elle rencontre Franck, qu’elle impressionne. Pour vivre avec elle, il leur trouve un poste de gardiens pour l’été. Puis victime d’une agression sur leur lieu de travail, il rejette Jeanne.
Telles pourraient se résumer les « circonstances » (1) dont vont découler les « conséquences » (2) du film. Sans en oublier le liant, paradoxalement aussi fondamental qu’anecdotique : le célèbre avocat juif, ancien ami des parents de Jeanne, qui lui refuse le poste de secrétaire qu’elle convoite au sein de son cabinet. Téchiné choisit de ne pas enfermer le personnage de Jeanne dans une pathologie. Il l’inscrit dans une « normalité », dont il révèle l’inconfort. L’amour d’une mère ne suffit pas. Et quand elle perd celui de Franck, Jeanne se retire, avant de réapparaître au grand jour, elle aussi blessée au couteau, victime d’une agression antisémite, dit-elle. Inconséquente dans son mensonge, sa déclaration défraye la chronique : la presse et la machine politique s’emballent. Sa mère, la famille de l’avocat, eux, ne sont pas dupes.
Où comment un fait divers sans fondements réels (au-delà de leur vraisemblance), ni vérifications appropriées, peut bouleverser la place publique. Jeanne est réduite à la marionnette des medias, au support des récupérations, à l’ultime opportunité littéraire pour finir. Personnage du film, elle reste, car Téchiné ne la quitte pas. C’est à son corps, son visage, ses gestes, qu’il s’accroche, nous faisant les seuls témoins de sa fiction. Qui la fera cheminer vers la responsabilité. Jeanne se fait-elle l’écho d’une génération moins politisée, voire moins structurée que ses parents, parce que justement enlisée dans les conséquences de leur période baby-boom, leurs trente glorieuses ? Sans doute réducteur. Si elle est en tout cas aussi sensible, cette génération en mal d’elle-même paraît moins sûre de son identité et de son devenir…

A force de se concentrer sur les subtilités de son personnage féminin, de travailler à l’image sa jeunesse, sa vitalité et ses errements tout à la fois, Téchiné semble en oublier les autres protagonistes. Si la mère que campe avec délicatesse Catherine Deneuve, échappe à la caricature, on ne peut pas en dire autant de la famille de l’avocat, dessinée à traits forcés. A l’exception du petit-fils de l’avocat, lucide dans sa candeur, lumineux dans sa discrétion, et enfin, clé du dénouement. 

Le v½u de relativité (tout est circonstanciel), le parti pris de la déception amoureuse comme blessure narcissique absolue, se perdent dans la deuxième partie du film, où l’on renvoie de façon simpliste à Jeanne qu’elle est une fille fragile. Trop facile !