Je te mangerais

Film français de Sophie Laloy

Avec Judith Davis, Isild Le Besco, Johan Libéreau





Par Elise Heymes
 
Sortie le 11-03-2009

Durée: 1h36

 

Avec Je te mangerais, Sophie Laloy réalise un premier film audacieux. Mais il
semble vite s'essouffler, faute de réelle maturité.

Marie est admise au Conservatoire de musique de Lyon, pour y poursuivre sa formation de pianiste. Désargentés, ses parents la confient à une amie d'enfance, Emma. Etudiante en médecine, elle vit dans un vaste appartement, déserté par sa mère, après la mort de son père. Commence entre les deux colocataires une relation passionnée. Qui de la prédatrice ou de la proie sortira indemne de ce jeu trouble?

La relation qui se tisse entre les deux jeunes femmes est solidement fondée sur l'écart, la différence, l'étrangeté, inquiétante ou attirante. Marie est aussi naturelle qu'Emma est raffinée... depuis le grain de la peau, pourrait-on presque dire, jusqu'à la démarche, en passant par la diction. Mais la dichotomie s'arrête là, pour laisser place aux contradictions et à la nuance. Corps appelé, ou traître, Marie cède ou résiste. Déstabilisée, puis dévorée par la faim amoureuse d'Emma, elle lui opposera notamment la force de son esprit. Car elle est tenue par sa passion pour la musique. D'abord coupée en deux, les mains dépossédées de leur talent, elle finira par se "rassembler".
Le rapport de forces qui se joue sur ces deux "territoires", tant intérieurs que concrets, est inversé de manière presque caricaturale. L'immaturité et la naïveté des deux personnages (elles ont à peine 20 ans) l'emporte sur la maîtrise de la cinéaste et se confondent avec son point de vue. Si la fragilité de leurs personnalités crève l'écran, à raison, on peut se sentir désolidarisé, voire agacé par leurs jeux d'enfants.

Film maladroit, mais sensible, Je te mangerais n'est pas sans rappeler le film d'Emmanuelle Bercot Backstage (2005), où l'être vampirisé et démoli par l'amour duel n'est pas celui qu'on croit.