La Vague

Film allemand de Dennis Gansel

Avec Jürgen Vogel, Frederick Lau, Mas Riernett, Jennifer Ulrich, Christiane Paul


Sélection SUNDANCE 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-03-2009

Durée: 1h48

 

Chassez le naturel...

Mein Gott, que ce film est allemand ! Il suffit de voir l’espace galactique qui sépare une classe française dans sa relation conflictuelle avec le professeur (Entre les murs) et la classe allemande que nous montre La Vague où la majorité des élèves succombe rapidement aux charmes du programme musclé qu’un professeur dynamique propose comme exercice pédagogique. On imagine mal pareil scénario trouver ici un financement et se tourner avec des lycéens du 9-3 (encore que…)

Nous n’ignorons plus qu’en matière de discipline et d’obéissance à l’autorité, le peuple allemand a prouvé ses immenses capacités, pour son plus grand malheur et celui de "quelques" autres. Ce film généreux veut démontrer que, même aujourd’hui, la fascination pour un pouvoir fort et liberticide demeure pratiquement intacte dans les couches les plus jeunes et, en principe, les moins attirées par la vie de caserne.

Le film est tiré d’un roman de Todd Strasser inspiré d’une expérience menée par un professeur d’histoire en Californie, dans les années 60, qui tentait d’expliquer la connivence passive de tous les témoins civils du massacre organisé derrière les lignes de front (déportations massives par convois ferroviaires, édifications des camps proches de paisibles villages, etc.) A titre de démonstration, il instaura donc dans sa classe une discipline de fer qui, à sa grande surprise, séduisit tellement les élèves qu’il dût interrompre brutalement l’expérience après quelques jours où délation et tabassage des opposants se développèrent trop abusivement. Dans le cas de ces étudiants californiens qui n’avaient pas vécu l’horreur de la guerre, on ne pouvait vraiment pas invoquer un obscur désir de revanche de la part de vaincus humiliés.

Ce qui tracasse dans le film de Dennis Gansel, c’est que les jeunes Allemands qu’il nous montre vivent plus de soixante ans après la fin du conflit et qu’ils sont, vae victis, totalement américanisés, comme l’ensemble de la planète d’ailleurs : mêmes vêtements, mêmes boissons, mêmes musiques, etc. Les leçons de démocratie (?) ne leur ont donc pas manqué - ni aux jeunes Californiens - et pourtant… Comme on le voit, le sujet soulève de vraies questions, mais il y a dans le traitement de la réalisation une tentation du « scolaire », du « bien carré », du « démonstratif » qui déshumanise la relation entre tous ces personnages et en fait des porte-parole schématiques qui empêche une adhésion totale à ce récit beaucoup trop développé comme une résolution d’équation mathématique.