La Vague
Die Welle

Film allemand de Dennis Gansel
D après le roman de Todd Strasser

Avec Jürgen Vogel, Frederick Lau, Max Riemelt, Jennifer Ulrich





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 04-03-2009

Durée: 1h48

 

Comme un éternel retour?

Interrogez n’importe quel jeune Allemand, il vous dira combien il a été marqué par l’étude du terrifiant roman de Todd Strasser, La Vague, qui raconte l’expérience proposée par un professeur à ses élèves pour leur expliquer le fonctionnement d’un régime totalitaire. Porter à l’écran ce grand classique de la littérature de jeunesse allemande était du pain béni pour Dennis Gansel. Encore fallait-il réussir à faire se lever cette glaçante vague dans les trois dimensions de l’image. Pari réussi pour le réalisateur allemand : la vague emporte tout sur son passage.

Tout part d’une expérience réalisée en 1967 par Ron Jones, un professeur d’histoire californien chargé d’un cours sur le nazisme : incapable de démontrer par les mots comment la fanatisation de tout un peuple a pu être possible, le professeur décide, sur un coup de tête, de mettre en place un jeu de rôle grandeur nature, instaurant dans sa classe un régime de stricte discipline et transformant la masse en un seul corps. La « Troisième vague » est née. Et la force automobile, bientôt dévastatrice du mouvement est telle que le professeur, submergé, est contraint de mettre à un terme à l’expérience dès le cinquième jour.

C’est dire combien le principe du récit, déjà brillamment exploré par le romancier Todd Strasser à travers la dynamique des mots et des phrases, appelait de ses voeux le traitement cinématographique : des corps atomisés au corps unifié, du confinement d’une classe-laboratoire à la conquête d’une ville entière, le mouvement de la vague est créé et observé par le cinéaste dans toutes ses manifestations, infiltrations et expansions, jusqu’à son ultime convulsion. On pourra se débattre à l’envi, se réimposer la distance de la fiction en jugeant tel personnage naïf, tel autre invraisemblable, tel autre attendu ; rien n’arrêtera pourtant la vague, qui ne nous imposera qu’un seul constat : elle a beau se retirer un temps, elle reviendra toujours.