Eden à l'ouest

Film français de Constantin Costa-Gavras

Avec Riccardo Scamarcio, Eric Caravaca, Ulrich Tukur





Par Elise Heymes
 
Sortie le 11-02-2009

Durée: 1h50

 

Après Le Couperet (2005), Costa-Gavras récidive, avec Eden à l'ouest, dans la satire de la société européenne d’aujourd’hui. Mais il adoucit son regard, en étirant l'odyssée de son personnage entre tragédie et comédie.

Elias échoue sur la plage d'un centre de vacances, l'Eden club, au bord de  la mer Egée. Après  quelque temps passé dans ce paradis plus qu'ironique, il endure les (més)aventures de son périple jusqu’à Paris, traversant une Europe tantôt hostile, tantôt solidaire.

Elias a quelque chose du pantin. Comme il tient de la figure héroïque, tel Ulysse. Ballotté au gré des rencontres tragi-comiques que Costa-Gavras et Jean-Claude Grumbert ont semées sur son chemin, il ré-agit perpétuellement à ce qui survient et renouvelle, réinvente sa fuite, pour atteindre Paris. Ce qui lui donne un air d'éternel vagabond, tendu vers la suite, sans rien savoir d'elle.

La force du film est d'emporter l'adhésion du spectateur au regard de cet étranger, lui-même spectateur du monde qu'il découvre. A travers ses yeux, l'Europe de l'Ouest est burlesque, voire ubuesque.
Costa-Gavras suggère par ailleurs que si le collectif broie l'immigré clandestin, l'individu est plutôt solidaire (fraternel, ou même aimant). A la présence fréquente des policiers dans leur fonction - la loi et l'autorité du collectif - au tout premier plan, s'ajoute celle, drolatique, des équipes de tournage, tout aussi fréquente, au second plan - la partie créative, critique, ou au contraire fourvoyée, du collectif. Arrivé sain et sauf à destination, Elias est condamné à une quête déceptive. L'illusion éclate au grand jour. L'espoir nourri se révèle terriblement injuste. Film régi par le mouvement, à l'image de la condition du clandestin, Eden à l'ouest est redoutable : il traduit la complexité qui lie et oppose l'exilé et sa terre d'accueil rêvée avec une puissante simplicité.