L'Autre

Film français de Patrick Mario BERNARD Pierre TRIVIDIC

Avec Dominique Blanc, Cyril Gueï, Peter Bonke, Christèle Tual, Anne Benoît, Charlotte Clamens, Christian Chaussex, Paula Keiller





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-02-2009

Durée: 1h37

 

Jalousie virtuelle

Rien à voir avec l’autre « L’Autre » (« The Other »1972), sinon que cet efficace thriller de Robert Mulligan traitait également des problèmes que suscite la gémellité.

Anne-Marie approche de la cinquantaine. Elle maintient une liaison qui lui pèse avec Alex car elle veut garder sa liberté alors qu’il envisagerait une vraie vie conjugale. Elle finit par rompre toute relation physique avec son amant mais continue à le voir occasionnellement. Cette séparation semble bien se passer jusqu’au jour où Alex lui annonce benoîtement qu’il a rencontré une autre femme. Anne-Marie semble encaisser mais, en fait, commence à être la proie d’une jalousie morbide envers cette inconnue qu’elle ne rencontrera jamais. Elle questionne sans relâche son ex-amant qui lui donne mollement des bribes d’information sur sa récente compagne. Le portrait qu’il en trace finit par ressembler étrangement à Anne-Marie qui commence à fantasmer et plonge peu à peu dans une névrose où elle imagine la nouvelle maîtresse sous ses propres traits, sorte de double, de reflet d’elle-même, mais doté d’une plus grande séduction.

Inspiré du roman d’Annie Ernaux « L’Occupation », le scénario a été adapté et réalisé par deux compères – Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic – qui collaborent depuis une dizaine d’années dans l’élaboration de films communs. Après les désormais nombreuses fratries cinématographiques, voici venu le temps des co-réalisateurs. Il est évidemment difficile pour le spectateur de distinguer quelle est la part de chacun d’eux dans le résultat final : en gros, il semblerait que P.M. Bernard soit le co-adaptateur responsable du climat plastique et sonore de l’oeuvre et P. Trividic le cinéaste chargé de la mise en image. Ou bien l’inverse ? Ou bien l’un dit « Action ! » et l’autre « Coupez ! » ? Difficile de savoir…

Trêve de suppositions hasardeuses : l’essentiel est que le résultat soit de qualité et c’est le cas… Les premières images du film évoquent les génériques abstraits du grand Saul Bass : des points blancs et rouges se poursuivent sur l’écran noir jusqu’à devenir des hordes de voitures sur les autoroutes nocturnes. L’univers dans lequel se déroule ce drame psychologique se situe dans les banlieues périphériques où se croisent, dans une lumière d’aube crasseuse, R.E.R., files de voitures sur les échangeurs, trains de banlieue bondés contournant les grandes surfaces commerciales noyées dans les musiques d’ascenseur et les écrans de surveillance. Anne-Marie, qui est assistante sociale, traverse d’un pas vif ce monde quotidien aux limites du fantastique, tentant de s’occuper des autres sans parvenir à s’occuper d’elle-même.

Dominique Blanc EST Anne-Marie. Les réalisateurs n’ont commencé l’adaptation du roman que lorsqu’ils ont été certains qu’elle accepterait le rôle. Ils tenaient à elle et ils ont eu raison : Dominique Blanc a reçu un Prix d’Interprétation féminine bien mérité au Festival de Venise 2008.