Caos calmo

Film italien de Antonello Grimaldi

Avec Nanni Moretti, Valeria Golino, Alessandro Gassman, Isabella Ferrari, Hyppolite Girardot, Charles Berling, Denis Podalydès, Roman Polanski


Sélectionné Festival de Berlin 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-12-2008

Durée: 1h52

 

Nanni K.O.

Ce film est signé Antonello Grimaldi, mais la participation de Moretti comme adaptateur et acteur imprègne tellement le scénario qu’il pourrait presque lui être attribué. Ce personnage de veuf « sonné » après la mort accidentelle de sa femme évoque, évidemment, le père brisé après la noyade de son fils dans La Chambre du Fils, Palme d’Or à Cannes, en 2001. Il s’agissait alors d’un scénario original de Nanni Moretti contrairement à "Caos Calmo", adaptation d’un roman célèbre en Italie, écrit par Sandro Veronesi qui a obtenu le Prix Strega en 2005, l’équivalent de notre Goncourt.


C’est sans doute ce qui fait la différence avec un Moretti pur jus. Après les obsèques de sa femme, Pietro décide d’accompagner désormais sa petite fille à l’école tous les jours et d’attendre sa sortie, assis sur un banc du parc voisin. La famille, les amis, les relations de travail s’inquiètent puis prennent leur parti de cet étrange comportement et vont le voir sur place lorsque c’est nécessaire.
Pietro observe le monde qui l’entoure, découvre des détails inconnus sur son entourage, prend pension au bistrot du coin, salue les habitués du jardin public et, surtout, semble inaccessible au chagrin du deuil : il attend une douleur qui n’arrive pas à s’exprimer. Comme le "Simon du Désert" de Luis Buňuel, il est soumis à des tentations (amoureuses ou professionnelles) mais reste indifférent à tout ce qui se propose et traverse, comme absent, cette période de chaos qui devrait le bouleverser. Comparée aux tourments qui broyaient le père de La Chambre du Fils jusqu’au mince espoir d’un rétablissement possible, l’attitude stoïque de ce veuf misanthrope paraît émaner davantage de la plume d’un romancier que de celle d’un scénariste. Cette intellectualisation du deuil s’empare du récit et laisse peu de place à l’ironie et aux sarcasmes que distribue habituellement Nanni Moretti dans ses films pour prendre le mélo menaçant à contre-pied. Mais ce qui reste de son insolence agressive sert efficacement ce personnage déstabilisé et on peut approuver le choix du réalisateur: aucun autre acteur ne serait entré aussi facilement dans la peau de Pietro en le rendant crédible à ce point.