Burn after reading

Film américain de Joel et Ethan Coen

Avec George Clooney, Brad Pitt, Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton





Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 10-12-2008

Durée: 1h35

 

En mode majeur

« A détruire après lecture »... Vaste programme que se donne là le nouveau film des frères Coen, parodique de part en part, burlesque et irrévérencieux à souhait, qui d’une idée très simple forge une morale cinématographique plus simple encore : ceci est une farce, une fantaisie – à brûler sitôt lue, sitôt vue.

C’est simple, et en même temps bien compliqué : il y a d’un côté Osborne Cox (John Malkovich), légèrement porté sur l’alcool et pour cela viré de la CIA, dont la femme (Tilda Swinton), maîtresse d’un marshal fédéral quelque peu névrosé (George Clooney), cherche à divorcer par tous les moyens ; il y a d’un autre côté Linda Litzske (Frances McDormand), employée d’un club de gym aux côtés du fringant Chad (Brad Pitt), qui quant à elle cherche à se faire refaire de la tête aux pieds par tous les moyens… Tous les ressorts de cette intrigue rocambolesque mettent un peu de temps à être exposés – au risque de faire patiner le premier quart du film. Mais c’est pour la bonne cause : une fois lancé, tout ce petit monde nous entraîne dans une farce délicieuse où chaque comédien excelle à grossir le trait.

Toutefois, les frères Coen ne sauraient se contenter d’une simple potacherie entre amis : si l’on ressent un indéniable plaisir à imaginer combien l’équipe du film a dû s’amuser durant le tournage, on en ressent plus encore à découvrir que la bouffonnerie n’occulte pas la férocité, ni le souci de la satire. Satire philosophique et sociologique, face à l’exaspérante « positive attitude » de l’american way of life qui côtoie un cynisme et un pragmatisme sans nom. Satire politique aussi, face à un monde ultra-globalisé dont l’opacité est mise au service des pratiques les plus douteuses. Satire cinématographique enfin, dans la parodie de films noirs et séries B dont Brad Pitt se fait l’irrésistible ambassadeur (bien que parfois presque trop caricatural).

D’aucuns placeront ce film parmi les oeuvres « mineures » des frères Coen ; mais c’est pourtant en mode majeur que s’ouvre Burn after reading, en un finale hilarant qui en fera pleurer de rire plus d’un… Réjouissant.