Leonera

Film argentin de Pablo Trapero

Avec Martina Gusman, Elli Medeiros, Rodrigo Santoro


Sélection officielle Cannes 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 03-12-2008

Durée: 1h53

 

Enfance prisonnière

Que deviennent les femmes qui sont enceintes lors de leur emprisonnement, elles vont devoir accoucher durant leur peine et ne pourront être présentes que quelques années auprès de leur enfant avant d’être obligées de s’en séparer ? C’est le grave sujet qu’aborde Pablo Tapero dans Leonera.

Etrangement, la législation varie selon les pays, accordant entre 18 mois à six ans aux jeunes mères pour s’occuper de leur nouveau-né. Ce bébé va donc vivre les premières années de sa vie en prison, puis ce sera la séparation obligatoire lorsque la détention est de plus longue durée. En Argentine, où se déroule le film, le délai accordé est de quatre ans. Nous allons donc vivre, aux côtés de Julia (admirable Martina Gusman), ces quelques années où elle peut être proche de son fils dans cette prison qui sert à la fois de maternité, de crèche, de maternelle, où les co-détenues (parfois même les gardiennes) servent parfois de baby-sitter en attendant le jour espéré de la libération, ou redouté de la séparation.

Pour son cinquième long-métrage, Pablo Tapero nous fait affronter un réel problème humain et social que les Etats feignent d’ignorer. Mais, avec ses programmations calibrées, le cinéma est-il le support idéal d’une histoire qui se déroule sur une si longue durée ? Mission impossible. Malgré notre accoutumance aux ellipses qui sont la base du récit cinématographique, deux heures de projection ne pourront jamais suggérer quatre années (35.OOO heures) de détention, d’ennui, de désespoirs divers. Cette éternité réduite à la durée d’une séance de cinéma affaiblit malheureusement l’efficacité de ce film plein de qualités. Elle se traduit finalement par une irritante succession de portes qu’on claque, de serrures qu’on verrouille et des divers hurlements de détenues qui finissent par lasser l’oreille sans procurer réellement la notion d’un temps qui ne s’écoule pas.

On peut aussi regretter l’obscurité du scénario qui reste volontairement confus sur les raisons de l’emprisonnement de Julia : un flash-back ambigu n’éclaire guère son rôle dans le meurtre qu’on lui impute car il est évident que notre empathie risquerait d’être fonction de son degré de culpabilité : Pablo Tapero s’est bien gardé d’en faire "l’ennemie publique n°1" aux redoutables pulsions criminelles. On ne sait donc pas clairement si elle est coupable, victime d’une erreur judiciaire, d’un faux témoignage ou d’une amnésie passagère. Etant donné sa grossesse et ses conséquences pénales, on s’étonne également de la voir comparaître si tard devant un tribunal après le début de son incarcération. Mais, peut-être, la Loi argentine est elle ainsi faite ? Enfin, la conclusion de l’histoire, tirant soudain le film vers une fuite au suspense feuilletonesque, est plutôt déconcertante à l’issue du traitement réaliste de ce dramatique emprisonnement.

Ces réserves ne sont pas une condamnation. Elles expriment seulement le regret de voir Pablo Tapero manquer de peu une œuvre majeure en ayant surscénarisé son généreux sujet afin de satisfaire ce qu’on croit être le goût du public pour des fins forcément heureuses.