Le Silence avant Bach
Die Stille vor Bach

Film allemand de Pere Portabella

Avec Alex Brendemühl, Feodor Atkine, Christian Brembeck





Par Elise Heymes
 
Sortie le 19-11-2008

Durée: 1h42

 

Du silence à l harmonie

Producteur espagnol engagé, Portabella réalise avec le Silence avant Bach un film hybride qui met en scène avec cohérence l’instrument de musique et le génie du musicien, à travers l’oeuvre du célèbre compositeur allemand. Cet essai cinématographique convainc par l’harmonieuse union qu’il parvient à sceller entre cinéma et musique classique.

Film sur l’oeuvre de l’artiste allemand à travers l’histoire, film sur les fondements de l’Europe culturelle en filigrane, mais film sur les compositions de Bach avant tout, l’oeuvre de Portabella repose justement sur la composition.

Déjouant la hiérarchie des genres, le recours  systématique aux reconstitutions historiques et les clichés “vie et oeuvre”, il ajuste son image aux tensions musicales qui nourrissent son film, par le choix des plans comme celui des situations. Ainsi sommes-nous promenés à travers l’Europe d’hier et d’aujourd’hui, par un scénario embrassant généreusement la réalité de la vie de l’oeuvre de Bach. Depuis les routiers qui traversent le continent nuit et jour et se font musiciens à leurs heures perdues jusqu’aux musiciens professionnels qui traversent une autre Europe, vivant de leur condition d’artiste. En passant par la vie quotidienne modeste du compositeur, dans le Leipzig de la première moitié du XVIIIe siècle. Si les glissements temporels sont tantôt habiles, tantôt abrupts, l’espace filmé reste fidèle au principe musical. Non seulement, sous l’oeil de Portabella, le piano, le violoncelle entre autres, deviennent des personnages à part entière, et ce, dès la séquence d’ouverture, mais ils sont confrontés à la chair, au corps, aux nourritures terrestres. Tout est organisme, vivant. Et l’on pense à cette longue séquence où le musicien - comédien (interprétant Bach) se fait organiste dans l’église.

Au coeur de ce film, donc, l’ardeur dans le travail. A la façon de ces bras qui font inlassablement aller et venir l’archet  sur les cordes, la musique respire ici, plus que le goût de l’effort, la passion de l’harmonie, la volonté de dépassement et la quête de pureté qui s’y joue. Selon le Bach de Portabella, la bonté de l’être se manifeste dans la beauté d’une musique à la perfection formelle. C’est en pédagogue que Portabella rend hommage au pédagogue que fut Bach, dont le nom ne fut associé qu’à une gloire bien posthume.