Hunger
Hunger

Film anglais de Steve MacQueen

Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Start Graham, Brian Milligan, Frank McCusker


Caméra d Or, Prix de la Critique Internationale Cannes 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-11-2008

Durée: 1h40

 

Enfer Carcéral

Steve McQueen est un artiste britannique reconnu qui se consacre habituellement à d’autres formes d’expression que le cinéma scénarisé. On peut voir actuellement à Paris, dans une galerie du Marais, trois de ses oeuvres d’un minimalisme certain : 1- Un projecteur 16mm projette en boucle un mur de briques rouges (d’une fixité absolue). 2- Un projecteur 16mm projette en boucle un cheval mort dans une prairie (mais des insectes voltigent et la brise agite légèrement l’herbe). 3- Un projecteur de diapos enchaîne lentement des images fixes où l’on devine une bicyclette gisant au fond d’une rivière immobilisée par la photo. Les projecteurs trônent au milieu des pièces afin que l’on puisse voir leur mécanisme travailler et entendre le ronronnement du moteur.

Les intentions de Steve McQueen laissent assez perplexes et ne nous préparent pas au choc que va nous procurer HUNGER. Son film nous conte le sort réservé par les Anglais aux centaines d’Irlandais de l’IRA, emprisonnés dans les prisons de Sa Majesté dans les années 80. Refusant d’être vêtus avec la tenue des criminels de droit commun, ils vivent nus dans leurs cellules, une couverture jetée sur les épaules. Refusant également toute hygiène, ils laissent pousser barbe et cheveux, barbouillent de leurs excréments les murs de la cellule et vident leurs pots d’urine sous la porte afin d’inonder les couloirs de la prison. C’est le mouvement du « Blanket and No-Wash Protest » dont le leader est Bobby Sands. Bien entendu, l’administration réagit et bastonne cruellement ces indomptables réfractaires. Bobby Sands prend alors la tête d’une grève de la faim collective de 75 prisonniers. Il mourra le premier, après 66 jours d’agonie. Neuf autres détenus succomberont avant que ne cesse ce mouvement de protestation.
Steve McQueen ouvre son récit par un homme aux mains tuméfiées qu’il plonge dans l’eau fraîche pour atténuer la douleur. Puis il s’habille posément et va vers sa voiture qu’il inspecte avec soin avant de tourner la clé du démarreur. Il s’éloigne sous le regard inquiet de sa femme à la fenêtre. C’est un gardien de prison qui va au travail. Le ton du film est donné : le réalisateur va s’intéresser froidement au quotidien des deux groupes qui s’affrontent dans l’univers carcéral. Les matons font un sale boulot, ils le font salement, mais pour une paye qui n’en fait pas des nantis pour autant. Toute cette première partie du film est presque muette. Les gardiens, aux vestiaires ou sous la douche, n’ont guère d’échanges et les prisonniers, dans leurs cellules immondes, non plus. Seuls les cris ou les slogans collectifs meublent parfois le silence de ces lieux. Et soudain, Bobby Sands se met à parler. Il s’entretient avec un prêtre, venu le visiter au parloir, auquel il annonce son intention de mener une grève de la faim jusqu’à la mort. Un long dialogue philosophique sur le suicide oppose les deux hommes dans un plan fixe d’une vingtaine de minutes. Puis, dans l’univers blanc de l’infirmerie silencieuse, la grève de la faim de Bobby va être suivie cliniquement par les médecins qui observent toutes les dégradations physiologiques qu’elle entraîne.
Tout cela n’est guère engageant pour un spectacle du samedi soir mais, si le spectateur a le courage d’affronter une pareille série d’épreuves, il découvrira un film admirable à différents niveaux : qualité des acteurs, maîtrise de l’image et de la bande sonore, partis pris originaux de la mise en scène. Hunger a donc très justement obtenu le Prix de la Critique Internationale et la Caméra d’Or à Cannes, récompense décernée à un premier film (car, en plus, c’est le premier long-métrage de Steve McQueen). Devant une telle maîtrise, son talent évident ne laisse, cette fois-ci, aucune place à la perplexité.