L'Echange

Film américain de Clint Eastwood

Avec Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly


Compétition officielle, Cannes 2008


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 12-11-2008

Durée: 2h21

 

« Une histoire vraie »

Dès le générique, le spectateur est prévenu : derrière ce pur film hollywoodien, léché, ciselé à l’extrême qu’on attend de l’élégant Clint Eastwood, toute ressemblance avec un personnage ou une situation ayant réellement existé ne saurait être fortuite...

Force de la vérité ; magie de la stylisation : tous les ingrédients sont réunis pour 2h 20 de terreur et de passion, dans les règles de l’art – et de la catharsis. L’échange, c’est l’histoire de la descente aux enfers d’une mère célibataire de la Cité des anges patinée par les années 20, qui ne demandait qu’à retrouver son fils disparu et se voit imposer un fils qu’elle n’a jamais eu. Christine Collins (Angelina Jolie) se trouve alors prise en étau par une double fatalité, qui se resserre à mesure qu’elle se débat : celle de la disparition d’un enfant, avec les angoisses, les sursauts d’espoir, l’impuissance qui scandent les jours ; celle, autrement plus cruelle, parce que plus abjecte, du refus d’une institution tout entière de reconnaître son erreur. On le sait depuis Million Dollar Baby, Eastwood aime les femmes battantes. Celles qui en veulent, jusqu’à porter tout un film. La grande force du cinéaste est ici de se servir de la machine hollywoodienne, qui glisse sur des rails parfaitement huilés – au risque d’en anesthésier en route –, pour soutenir la mécanique tragique : celle d’un destin, funeste ; celle d’un système, rationnel jusqu’à l’absurdité. Tout au long du film, les rouages de cette double machinerie s’imbriquent parfaitement, mêlant le glamour hollywoodien à l’horreur, l’idolâtrie de l’image et de la réputation à l’enfer du cadre. La mise en abyme politique peut aller très loin… C’est pourtant sans avoir l’air d’y toucher, mais servi par une interprétation très engagée, qu’Eastwood impose sa maîtrise tout en laissant toujours une brèche pour laisser s’échapper l’émotion. « Une histoire vraie » : c’est avant tout pour cela qu’on adhère, qu’on s’émeut, qu’on bout de colère face à l’absurde fatalité qui manipule les hommes et les choses (à commencer par les serial killers). Mais ce n’est pas uniquement pour cela qu’Eastwood parvient une fois encore à nous transporter.