A côté

Film français de Stéphane Mercurio

 
Sortie le 29-10-2008

Durée: 1h32

 

La vie en suspens

Désireuse de « rencontrer les invisibles » que sont les familles des détenus, la cinéaste Stéphane Mercurio a consacré son dernier film aux lieux d’accueil qui leur sont dédiés, à côté des prisons. Et elle lève le voile sur leurs conditions de vie, elle aussi rythmée par la prison. De loin, comme de près. Un film poignant.

« Angoisse », « incertitude » ou « interrogation », sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche de ces proches de détenus. Subissant les contraintes d’emprisonnement des leurs, ils sont souvent heurtés à une réalité kafkaïenne : ballottés d’un centre de détention à l’autre sans explication sur les raisons du « transfert » du détenu, parfois même maintenus dans l’ignorance de sa localisation, surpris par une décision qui vient d’être prise et annule leurs « 30 minutes de parloir »…La prison a décidément des raisons que le quotidien des proches ignore. Et c’est le fait de « ne pas savoir » qui engendre le plus de difficultés. Il suffit à ces proches de détenus d’être tenus à distance, ils ne veulent pas perdre le lien que permet le fait de vivre en connaissance de cause. Or ils sont hantés par le « pourquoi », face aux règles du milieu carcéral.

Sas de souffrance ou bulle d’incompréhension, « l’à côté » est donc chargé des aléas de vies qui n’ont pas été choisies. Pourtant ces proches assument le choix d’être encore là. De consacrer du temps et un budget aux visites, de vieillir ou grandir au plus près mentalement, d’écrire de longues lettres, de soutenir moralement le détenu, quand les doutes assaillent…Autant de « preuves d’amour » en somme.

Filmés à deux pas de la maison d’arrêt des hommes de Rennes, dans une maison conviviale tenue par l’association Ti-tomm, ces témoins se confient avec intensité. La cinéaste recueille leurs paroles profondes sans complaisance, évitant toujours le pathos. Les photographies de Grégoire Korganow supplantent parfois le film. Elles figent avec un accent tragique des êtres « co-détenus » pour ainsi dire, dans une existence « à côté » qui mériterait d’être davantage considérée, d’autant qu’elle fonde en partie l’espoir d’une réinsertion.