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Film suisse de Ursula MEIER

Avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet Klein


Sélection Semaine de la Critique, Cannes 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 29-10-2008

Durée: 1h37

 

Comi-tragédie ?

Une famille abstraite vit dans une maison abstraite plantée au bord du rail de sécurité d’une autoroute qui n’a jamais été mise en service. Un immense paysage très calme, coupé par l’autoroute qui disparaît à l’horizon, entoure cette demeure insolite. Le gosse fait du vélo sur cette piste cyclable déserte et infinie, la s½ur aînée prend des bains de soleil paresseux dans la prairie vide, la cadette aide vaguement sa mère à son retour d’un lycée invisible et le père part le matin travailler on ne sait où et rentre le soir pour dîner. Bref, il s’agit apparemment de gens normaux vivant dans un endroit peu banal où il fait bon vivre, semble-t-il.

La menace à laquelle on ne croyait plus survient un matin : l’autoroute va être finalement ouverte à la circulation, et la famille sera coupée du monde puisque toutes les activités sociales et professionnelles se déroulent de l’autre côté de cet obstacle routier qui va devenir infranchissable. N’envisageant pas de quitter ces lieux pour autant, ces naufragés vont désormais tenter de s’adapter progressivement aux nouvelles conditions de cet environnement qui va, on s’en doute, tourner au cauchemar. Peut-être à cause du calfeutrage progressif de la maison, cette fable lourdement symbolique ne trouve pas réellement la porte de sortie.

Par contre la réalisation de ce premier long-métrage d’Ursula Meier mérite des éloges. Elle n’a vraiment pas choisi la facilité pour faire ses gammes et on peut imaginer que tous ces plans qui nécessitent une figuration automobile importante, de jour et de nuit, ont demandé des efforts considérables à la réalisatrice. Elle est vaillamment soutenue dans cette entreprise difficile par les deux « pointures » que sont Isabelle Huppert et Olivier Gourmet. On souhaiterait donc n’exprimer aucune réserve devant cette estimable fable écolo, mais on est un peu mal à l’aise avec cette famille, décidément un peu trop abstraite, et ce scénario qui hésite entre l’univers de Jacques Tati à celui du film d’horreur. Le mélange des genres est souvent délicat quand le public ne sait plus s’il doit rire ou pleurer.