Chop Shop

Film américain de Ramin Bahrani

Avec Alejandro Polanco, Isamar Gonzales


Sélection Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2007


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 15-10-2008

Durée: 1h24

 

Alé et les Ferrailleurs

Enfin…Un des meilleurs films de la Quinzaine des Réalisateurs 2007 a trouvé un écran : Chop Shop, réalisé par un jeune cinéaste américain d’origine iranienne, Ramin Bahrani. Ce faux reportage, qui semble pris sur le vif, se déroule à la périphérie de New York dans le Queens, quartier des casseurs de voitures.

Un garçon latino de douze ans, Alejandro, y gagne chichement sa vie en rabattant des clients à la recherche d’un rétroviseur ou d’un clignotant vers le garagiste qui l’emploie et le loge (mal). Mais il n’est pas seul et la concurrence est rude entre les divers gamins qui essaient de pêcher l’automobiliste égaré dans cette jungle de vieilles carcasses. Lorsqu’une pièce détachée manque, Alejandro se glisse dans l’immense parking du stade de base-ball voisin et démonte tranquillement l’objet recherché sur une voiture en stationnement durant un match. Mais ces expédients ne satisfont pas Alejandro qui est ambitieux et s’exerce aussi à redresser les tôles et à repeindre les carrosseries. Son grand projet est d’acheter une vieille camionnette pour la transformer en fast-food ambulant. Sa soeur aînée, Isamar, 16 ans, vient le rejoindre : son rôle sera de s’occuper de la cuisine. Il obtient de son patron l’autorisation de l’héberger dans son cagibi en attendant l’ouverture de leur Mobil Snack.

Chop Shop est très peu scénarisé, sans prologue ni conclusion réelle, d’où l’agréable sensation éprouvée de découvrir un document brut. Le récit est filmé caméra à l’épaule, en plans-séquences qui laissent se développer l’action dans sa continuité et permettent aux comédiens (tous amateurs) de s’exprimer sans être gênés par une prise de vues présente et pesante. On redécouvre une partie de l’émotion que dégageaient les premiers films italiens d’après guerre, spécialement le Sciuscià de Vittorio de Sica (1946) qui se penchait sur la vie des gosses romains vivotant du marché noir après la libération. Mais ici, nul misérabilisme, aucune tendance au mélo. Ramin Bahrani dépeint Alejandro comme un héros positif que rien n’abat, tonique, plein d’énergie et de ressources. (C’est peut-être pour cela qu’il a eu autant de mal à trouver un distributeur).