La Frontière de l'aube

Film français de Philippe Garrel

Avec Louis Garrel, Laura Smet, Clémentine Poidatz


En compétition au festival de Cannes 2008


Par Elise Heymes
 
Sortie le 08-10-2008

Durée: 1h45

 

Philippe Garrel a placé son dernier film sous le signe de la transcendance. Il nous donne à voir le quotidien d’un homme pris entre deux femmes, deux amours, deux destins, où s’affrontent la mort et la vie. Et joue des lois de l’esprit et de la chair…

Carole est une star de cinéma. François est photographe. Il surgit dans sa vie, pour un simple reportage. Ils s’aiment. Mais d’autres cieux ou d’autres amours les attendent…

Pas de lumière, pas de vie. Pas de lumière, pas de cinéma. Tandis que son photographe cherche la lumière chez la jeune femme, le cinéaste interroge ce que l’amour a de lumineux, jusque dans sa survivance à l’obscurité du néant. L’amour que Philippe Garrel dépeint cette fois, dépasse les frontières du réel et se perpétue, rendant une femme éternelle. C’est aussi un amour éternel, puisqu’il ne meurt pas du vivant de celui qui aime…

La Frontière de l’aube dessine deux êtres, que l’amour habite, traverse et dévaste. Comme mus par un élan qui dépasse l’objet de leur passion, ils tentent de vivre ce que Carole attend de l’amour : de deux, devenir un. Pour Carole, pas d’amour, pas de vie.
C’est donc ensuite le portrait d’un jeune homme aux deux visages. Ecartelé, l’espace vital – et mental – de François, le conduit de Carole qui s’est donné la mort, à Eve qui peut donner la vie, dans des allers et retours où se défient le rêve, surnaturel, et le réel.

Film de contrastes, la Frontière de l’aube allie les contraires comme pour mieux suggérer la dialectique propre à l’amour et celle propre à la vie. Mais pour déjouer aussi, les mécanismes de la séparation et ses antagonismes. Carole est aussi hiératique que sensuelle. Les lignes pleines de son visage, comme ses rondeurs, évoluent dans le vide du vaste appartement. Eve, l’autre femme, est autant évanescente que réelle car elle est inscrite dans un environnement familial. Inhérente au présent, la contradiction se dissout dans le refus de la réalité, dans le dépassement du compromis.

Cet amour, violemment romantique, semble constituer ici le point de rencontre où s’unissent le sacré et le profane. La fusion abstraite qui se réalise par l’esprit agit comme la métaphore de la mémoire et du souvenir qui transcendent temps, espace et finitude. Comme l’art. Et cette transgression intime très idéaliste prend les plis d’une révolution intérieure aux accents terriblement universels.