La Belle Personne

Film français de Christophe Honoré

Avec Léa Seydoux, Louis Garrel, Grégoire Leprince-Ringuet





Par Elise Heymes
 
Sortie le 17-09-2008

Durée: 1h30

 

Amours muettes

Avec La Belle Personne, son nouvel opus, Christophe Honoré transpose habilement la casuistique amoureuse de Madame de Lafayette à la cour et aux amours de lycée. Et prouve, contre l’avis de l’actuel président, que La Princesse de Clèves transcende inconditionnellement les époques et que ce roman classique a sa place dans les programmes, quels qu’ils soient…

Junie a seize ans. Suite à la mort de sa mère, elle change de lycée en cours d’année et intègre la classe de son cousin Mathias. Elle devient la fiancée d’un de ses amis, Otto, aussi amoureux que discret. Mais elle connaîtra bien  vite la douleur du grand amour, en la personne de Nemours, son professeur d’italien. Une passion vouée à l’échec…

Christophe Honoré déplace habilement son intrigue depuis les livres de classe, les analyses des professeurs jusque dans la vie des protagonistes. Mêlant le corps enseignant aux élèves, avec ce que cela comporte de subversif. Il place ainsi son film sous le signe de la frontière et de la transgression, en faisant s’incarner les deux grandes interrogations de la Princesse de Clèves : une femme doit-elle confier à son fiancé qu’elle craint de se laisser ravir par un autre ?  Après la mort de son fiancé, doit-elle céder à l’amour de celui qui a involontairement causé cette mort? Le roman de la vertu donne lieu ici à un film sur la fidélité. A toute épreuve.

Le cinéaste poursuit le sentiment sur les visages de ses comédiens. Et trace sous nos yeux les chemins qu’emprunte la communication indirecte, face aux mots de l’amour et sous le coup de ses émotions. Il en traque et en relève les signes. Travaille le regard qui dit une chose et son contraire, à l’âge où l’on n’a justement pas forcément le courage d’avouer. Film sur le silence de l’amour donc, cette Belle Personne déconstruit, parfois l’air de rien ou parfois au contraire très ostensiblement, les clichés de la mythologie amoureuse au cinéma.

On peut reprocher au film son manque de rugosité et son côté un peu didactique. Mais Christophe Honoré signe là sa plus belle oeuvre, où la violence de ces jeux de l’amour et du silence étonne par sa force à la fois inouïe et masquée.