Dorothy

Film anglais de Agnès Merlet

Avec Carice Van Houten, Jenn Murray





Par Elise Heymes
 
Sortie le 30-07-2008

Durée: 1h42

 

Après un premier long métrage remarqué, Le Fils du Requin, sorti en 1994, puis un second, Artemisia, sorti en 1997, Agnès Merlet revient aujourd’hui en force à la mise en scène avec Dorothy. Aidée d’une actrice prodige, la jeune Jenn Murray, elle fait d’un sujet difficile (le syndrome de la personnalité multiple) le support d’une cinématographie aussi poétique qu’efficace.
 
Un fait-divers survient sur une île, au Nord de l’Irlande : une jeune fille y est accusée d’avoir tenté de tuer un bébé. Jane Morton, psychiatre à Dublin,  décide de se rendre au sein de la communauté où vit Dorothy pour étudier son « cas ». Au fur et à mesure qu’elle observe sa patiente et analyse sa folie, Jane doit faire face à ses propres fêlures.

Agnès Merlet brave les clichés du film d’angoisse, désamorce le pathos propre à ce genre de drames psychologiques, transcende les limites d’un sujet trop souvent mal porté à l’écran. Ici, la folie est expliquée, étape par étape, jusqu’aux frontières du naturel… La cinéaste va jusqu’à désigner par le personnage de Jane, la couleur symbolique de l’île, le blanc de ce que l’on y mange; celui, aussi, des cheveux de Dorothy, le blanc stérile de la maladie ou au contraire, celui d’une dite pureté. Agnès Merlet pointe le doigt sur un moyen dramaturgique, comme pour mieux signaler que là n’est pas, ou, là ne s’arrête pas le propos de son film.
Dorothy, « ange de Dieu » ou encore « âme pure » de l’île, pourrait bien plutôt être le bouc émissaire d’une communauté où la foi tient lieu de salut. Le religieux veut dominer – le pasteur est aussi le maître d’école, le médecin de l’île… Le psychisme de Dorothy se révolte. Car la jeune fille est littéralement aliénée par autant d’habitants qui voient en elle ce qui peut soulager leurs consciences. Sacrifiée, elle porte en elle un mal être collectif, tandis que Jane plonge dans les abîmes de son drame intime passé.
 
Toutes deux sont enfoncées dans un monde de brume et de pluie incessantes. Dorothy est tentée de plonger dans la mer, pour mettre un terme à ses souffrances. A son arrivée dans l’île, Jane survit à un accident de voiture qui la précipite dans l’eau de la rivière. Toutes deux ont quelque chose d’Ophélie ; elles pourraient mourir noyées pour les péchés d’autrui. Toutes deux ne mourront pas, d’autant que la folie de l’une prolongera un temps l’existence de l’autre…