De la guerre

Film français de Bertrand Bonello

Avec Mathieu Amalric, Asia Argento, Guillaume Depardieu, Clothilde Hesme


40e Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2008


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 01-10-2008

Durée: 2h10

 

A la guerre, comme à la guerre

Quatrième long-métrage du cinéaste et musicien Bertrand Bonello, De la guerre, en un sens, ne surprend pas : Le Pornographe, Tiresia ou encore My new picture en avaient annoncé l'inquiétante étrangeté. Ici, c’est à l’utopie hédoniste d’une société post-soixante-huitarde névrosée que touche le réalisateur français – mais en la prenant à rebours : c’est par la guerre qu’on atteint à la grâce et au sublime. A la guerre, comme à la guerre… On aimera ou on détestera.

Autofiction avouée, mettant en scène un alter ego désenchanté (Mathieu Amalric), De la guerre raconte la quête initiatique d’un cinéaste en crise, racolé par un hiératique passeur (Guillaume Depardieu) qui lui ouvre les portes du « Royaume », amer éden où l’adéquation à soi se mérite, se conquiert, s’arrache. Avec pour gourou, une énigmatique italienne (Asia Argento) dont la sensualité combat avec une indéfinissable tristesse.

D’emblée, Bonello brouille tous nos repères et nous enfonce dans les arcanes de l’inconscient humain. Là où corps et âme ne font qu’un, ou plutôt se nouent et se dénouent dans une quête fusionnelle de l’autre, de l’hors-de-soi. Dans ce dispositif d’abandon minutieusement instauré, on tire paradoxalement peu de plaisir à regarder un film qui fait pourtant du plaisir son objet principal. Paradoxe du désir, de l’humain, des temps modernes ? Ou échec d’un film trop cérébral et distant ?

Une chose est sûre, on s’ennuiera fatalement si l’on décroche une seconde, ou si l’on s’accroche trop longtemps au principe de réalité. Comme la guerre, De la guerre relève en somme de la logique du tout ou rien : soit on y est, engagé corps et âme, soit on est condamné au néant. L’impressionnante scène de transe, qui marque le tournant du film, semble proposer toutefois un compromis séduisant : tout à l’heure sceptique, ou simplement indifférent, à l’image de son anti-héros campé par Amalric, le spectateur a alors l’occasion de se laisse entraîner dans l’expérience égotique, au rythme des corps et de la musique qui dilate bientôt le temps et l’espace.

Film laboratoire, De la guerre apporte au fond moins de réponses, comme on l’attendrait du « Bob Dylan » mis en scène par la charade en exergue, qu’il n’en pose jusqu’à saturation. Gratuité ou nécessité artistique ? Là reste la question…