C'est dur d'être aimé par des cons

Film français de Daniel Leconte
Documentaire


Festival de Cannes 2008, Sélection officielle - Hors compétition


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 17-09-2008

Durée: 1h18

 

Dur dur de se moquer…

« C’est dur d’être aimé par des cons ». Tels sont les mots par lesquels Mahomet, sous le crayon de Cabu, dessinateur de Charlie Hebdo, déplorait en 2006 l’idolâtrie des intégristes islamistes. Tels sont les mots pour lesquels les musulmans de France, en 2007, décidèrent d’intenter un procès contre le journal satirique français. Tel est enfin le pied de nez que Daniel Leconte, dans un documentaire réjouissant sur le déroulement du procès, fait à tous ceux qui s’autocensurent au nom du politiquement correct.

Producteur et réalisateur de documentaires, Daniel Leconte est très introduit dans le monde de la télévision. Et pourtant, ses « amis » de la télévision ne l’ont pas (ou très tardivement) suivi sur ce projet de film un peu trop téméraire à leur goût… Bien mal leur en a pris, car le « procès des caricatures » s’est révélé une occasion historique de faire le point sur l’islam, sur la frontière entre religieux et politique, sur la liberté de la presse et plus largement sur la liberté d’expression.

Malgré l’interdiction de filmer les audiences, Leconte réussit à contourner habilement la difficulté en remettant en situation, à travers des entretiens individuels, les acteurs du procès. On peut parfois ressentir l’artifice du procédé, mais l’intérêt et la qualité des débats, l’enthousiasme et l’engagement encore intact des protagonistes, l’habile montage qui fait alterner interviews et captation des impressions au sortir des audiences, dans une salle des pas perdus qui devient un véritable forum où s’élève la vox populi, donnent à ce documentaire une indéniable épaisseur dramatique et pédagogique.

Humoristique aussi, c’est la deuxième grande qualité de "C’est dur d’être aimé par des cons" : le parti pris de Daniel Leconte, tout à fait assumé, d’imprégner son film de l’esprit très « français » de Charlie Hebdo, place très vite le spectateur dans une ambiance impertinente et enjouée qui, malgré la dramatisation un peu outrancière du début, rend heureux d’être là. De s’exprimer, de s’expliquer, de s’éclairer. Nul doute, voilà une nouvelle victoire des Lumières contre l’obscurantisme.