Joshua

Film américain de George Ratliff

Avec Sam Rockwell, Vera Farmiga, Jacob Kogan, Celia Weston, Dallas Roberts, Michael McKean





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-04-2008

Durée: 1h45

 

Baby Blues

Venu du court-métrage, George Ratliff réalise son premier long-métrage avec Joshua, co-scénarisé par David Gilbert dont c’est également la première expérience. Ces deux débutants n’ont pas manqué leur coup d’essai dans la mesure où ce faux thriller tente de tourner le dos aux modèles classiques générés par l'Exorciste et autres Village des Damnés. Ici, point de vomissures vertes et autres manifestations démoniaques. Nous avons simplement affaire à un jeune garçon très réservé, peu bavard, qui ne fait que regarder le monde des adultes se décomposer sans qu’il ait besoin d’intervenir.

Le récit se déroule durant les premières semaines qui suivent la naissance d’une petite s½ur, avec une mère qui bascule dans une profonde dépression post-natale et un père qui voit sa situation professionnelle sérieusement menacée. Un tonton gay et une grand’mère obsédée par Jésus-Christ complètent le tableau de cette famille dont l’équilibre ne semble pas la qualité dominante. Devant le militantisme évangéliste de la mamie, on comprend que Joshua soit attiré par la civilisation pharaonique qui lui semble nettement plus fun. Bien entendu, l’arrivée de cette petite s½ur qui capte l’attention des adultes rend le frère aîné normalement jaloux mais, à part sa façon de regarder fixement les gens, on ne peut vraiment pas lui reprocher grand’chose. Par contre, lui, reproche silencieusement à ses parents ce qu’il prend désormais pour de l’indifférence. A partir de là, le scénario va diaboliser l’atone Joshua et faire planer sur l’innocent bébé la menace que pourrait exercer ce grand frère frustré. Mais, quand on analyse objectivement les péripéties de  cette chronique familiale, on constate que la terreur suscitée par Joshua est entièrement fabriquée par l’imagination fébrile de ces parents dérangés.

Malheureusement, les auteurs (ou les producteurs ?) n’ont pas cru suffisamment à la ligne de force que cette situation donnait à leur histoire et qui aurait permis au film de passer dans une catégorie supérieure. Ils l’ont donc « enrichi » des habituelles fausses pistes pour films de terreur : longs travellings nocturnes dans des pièces menaçantes, portes qui s’ouvrent sur… rien, bruits suspects dans l’appartement voisin, bébé isolé dans son berceau, incessante musique de suspense, etc. L’originalité du sujet se trouve nettement amoindrie par l’intervention de tous ces poncifs, mais elle résiste malgré tout et renouvelle l’intérêt que les amateurs de films d’horreurs peuvent porter à ce genre. de récit. Souhaitons tout de même à George Ratliff de défendre ses idées jusqu'au bout la prochaine, car  elles étaient bonnes.