Ararat

Film canadien de Atom Egoyan

Avec Arsinée Khanjian, D. Alpay, Ch. Azvavour, Chr. Plummer


Compétition officielle Cannes 2002


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-09-2002

Durée: 1h55

 

Le devoir de mémoire a encore frappé.
Une fois de plus, il atteint des cinéastes très différents (Verneuil, Polanski, Egoyan), dans leur maturité professionnelle, alors que rien, dans leur filmographie jusque-là, n’avait laissé soupçonner le poids de cette préoccupation essentielle.

On pourrait imaginer que, à l’aube d’une carrière ambitieuse, le jeune Verneuil, encore écorché par le génocide arménien, aurait dû tourner Mayrig plutôt que La Table aux crevés, Polanski, Le Pianiste à la place du Couteau dans l’eau et Egoyan Ararat de préférence à Peep Show. Mais l’époque s’y prêtait certainement moins qu’aujourd’hui où un effet de mode évident favorise ce type de récit plus ou moins autobiographique, d’autant que le cinéma est perpétuellement friand de drames et de massacres et que la caution de faits historiques récents permet de satisfaire ce goût avec une certaine bonne conscience.

C’est certainement ce point qui me gêne le plus : à une époque où la télévision a banalisé, par des images insoutenables, la violence, les exactions et les morts réelles dans les innombrables conflits qui ensanglantent la planète, je ne peux plus croire à ces figurants déguisés en Juifs ou en Arméniens qui simulent la terreur et la douleur en attendant le " Coupez ! " de la fin de prise. Nous sommes dans l’esthétique des actualités reconstituées de Méliès qui nous font sourire aujourd’hui, la poésie en moins.

L’autre facteur de malaise, le cinéma étant une industrie, c’est l’espoir de faire de grosses recettes en transformant en spectacle obscène l’authentique malheur qui a décimé ces populations.

Le film dans le film (l’épopée arménienne mise en scène par Charles Aznavour) est tellement ridicule, pompier, noyé sous des flots de musique emphatique, que je me suis demandé en permanence à quel niveau du récit se situait Egoyan. Ses films précédents, originaux et brillants, font douter qu’il puisse croire à ce qu’il reconstitue avec un tel académisme. On retrouve un peu son talent dans les séquences canadiennes du scénario où il dépeint les obscurs démêlés familiaux des descendants d’immigrés. Mais l’épine dorsale de son récit, l’interrogatoire du héros du film soupçonné d’importer de la drogue par un douanier cinéphile et tenace, est interminable, peu vraisemblable et franchement barbant.

Bref, après ce pieux pensum, Atom Egoyan nous doit un vrai film.