Le premier venu

Film français de Jacques Doillon

Avec Clémentine Beaugrand, Gérald Thomassin, Guillaume Saurrel





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-04-2008

Durée: 2h03

 

Bonnie and Clyde dans le 80

Depuis les années 70, Jacques Doillon poursuit une oeuvre très personnelle, nous délivrant tous les deux ou trois ans un film généralement consacré aux problèmes de la vie en couple. Dans cette production aux dialogues abondants, certains titres émergent, comme Le Petit Criminel (1990) qui échappait à ce thème récurrent et confirmait un réel talent. Pourquoi ne pas raconter une sorte de suite avec le même personnage devenu adulte ? Voici donc Gérald Thomassin, la trentaine, toujours aussi mauvais caractère, mauvais fils, mauvais mari et mauvais père, lâché sur les routes du Nord, flanqué d’une copine collante qui voudrait bien sauver cette âme perdue et d’un ami d’enfance, devenu flic, qui a le même projet (+ séduire éventuellement la copine).

Ce scénario improbable qui tourne inlassablement en boucle se déroule durant deux heures dans la région du Crotoy (80550), charmant petit port tellement endormi que même les coups de revolver ne le réveillent pas. Des comédiens sincères tentent d’incarner ces héros déboussolés, mais on a vraiment du mal à partager ces tribulations parsemées d’incessants retournements de situation, à comprendre la pensée de ces personnages sommaires et à croire aux diverses péripéties que suscite ce trio d’agités dans ce village apparemment privé d’habitants et de gendarmerie. Ce tourbillon se conclut par un « Tout-est-bien-qui-finit-bien » pour le moins inattendu après le chaos qui a précédé. Peut-être Jacques Doillon travaille-t-il trop en solitaire ? Il devrait faire confiance, parfois, à un co-scénariste qui suggèrerait des allègements et tenterait de redresser la barre pour éviter les écueils qui risquent de mener son récit au naufrage, malgré une réalisation maîtrisée.