L'Eté indien

Film français de Alain Raoust

Avec Johan Leysen, Déborah François, Johanna Ter Steege, Guillaume Verdier





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 19-03-2008

Durée: 1h40

 

Familles décomposées

Alain Raoust est un cinéaste à la carrière discrète. Venu d’un cinéma expérimental qui n’a guère contribué à le faire connaître (son premier long-métrage, Attendre le Navire, date de 1992 et n’est toujours pas distribué). Dix années vont s’écouler pour voir son deuxième film, La Cage, décrocher le Prix de la Critique Internationale au Festival de Locarno en 2002. Ce métier demande vraiment une patience héroïque puisque L’Eté indien nous arrive six ans plus tard. De quoi vivent ces cinéastes à la production rare durant ces interminables mois ? De désespoir et d’eau fraîche ?

L’ouverture du film, en quelques beaux plans muets, nous décrit la matinée d’une petite fille qui semble vivre seule dans un mobil home recouvert par la neige qui tombe sur un paysage de montagne. Au mur est épinglée l’image d’une famille indienne heureuse. Malgré l’affiche et le titre, le scénario ne va pourtant pas évoquer la vie paisible d’Inuits durant le redoux automnal…

Les années ont passé et nous sommes toujours dans les Alpes. L’enfant, Suzanne, est devenue une jeune fille qui se détache normalement de son père depuis qu’elle a rencontré un garçon. René, le père, Flamand immigré de longue date dans le Haut-Verdon, vivote de petits métiers. De caractère rugueux, abandonné depuis longtemps par sa femme et n’arrivant pas à assumer une union définitive avec Johanna, sa nouvelle compagne, René prend en grippe ce jeune homme « qui couche avec sa fille » et replonge dans un alcoolisme qu’il avait maîtrisé depuis longtemps. Ce born loser mutique est broyé par la lecture d’une lettre de sa femme enfuie qu’il relit en permanence. Finalement, dans un long monologue libérateur, il va expliquer à sa fille les raisons inavouables du départ de sa mère.

Ce personnage d’homme perdu est remarquablement interprété par Johan Leysen, acteur belge réputé, dont le visage plissé de rides évoque un Belmondo qui aurait fait carrière dans le drame. Il arrive à « faire passer », ce qui est un d’exploit, tout ce que cet homme jaloux et possessif pourrait avoir d’antipathique. Alain Raoust conclut l’histoire de cette vie manquée en écartant tout optimisme incongru : décidément, no future pour René. Seule, sa fille peut espérer un avenir plus serein. Tourné dans les Alpes de Haute-Provence où Alain Raoust a vécu enfant, ce film plein de sensibilité et de retenue est soutenu par une très belle image de Céline Bozon.