Julia

Film américain de Erick Zonca

Avec Tilda Swinton, Saul Rubinek, Kate del Castillo


Sélection officielle Berlin 2008


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 12-03-2008

Durée: 2h20

 

Un ange en enfer

Dix ans après La vie rêvée des anges, qui a durablement marqué toute une génération de spectateurs, Julia marque le grand retour d’Erick Zonca derrière la caméra. Un retour qui se transporte dans l’Amérique de Cassavetes, auquel le film doit sans conteste, et ses immensités propices au road-movie tragique. Saisissant.

Faire illusion. C’est tout l’art de Julia. Une belle rousse qui flirte un peu trop quotidiennement avec la bouteille. Mais l’illusion est fragile et cède au premier pas de travers. Julia vacille sur ses talons trop hauts. Elle est l’incarnation vivante de ce mensonge intégral. Une sorte de mise en abyme, en négatif, du cinéma qui lui donne consistance. Alors, quitte à mentir à soi-même, quitte à mentir aux autres, autant s’inventer un mensonge énorme, monstrueux. Et kidnapper un enfant. Et se laisser dépasser par les événements, dont l’enchaînement devient vertigineux comme l’alcool.

Rien de bien révolutionnaire dans ce constat doux-amer d’une lente décrépitude quotidienne, et pourtant Erick Zonca signe ici un film magistral. Julia fait l’effet d’une bombe qui vient faire trembler nos petites vies confortables. Parce que sa violence est celle d’un petit verre – rien qu’un petit verre… Et parce que Zonca, surtout, ne juge pas. Il nous livre, avec une crudité bouleversante, la plongée en enfer d’une femme à laquelle on voudrait bien s’attacher. L’ironie du sort, c’est que cette plongée devient délivrance, respiration : Julia s’enfuit des bars et des clubs confinés où elle échouait à se cacher pour aller se terrer dans les immensités désertiques de Californie. Alors, le film peut bien emboutir sa vraisemblance dans le mur-frontière qui sépare les Etats-Unis du Mexique, reste une énergie saisissante de cruauté et de vie qui, à plusieurs reprises, confine au sublime.