La Maison jaune

Film français de Amor Hakkar

Avec Aya Hamdi, Amor Hakkar, Tounès Ait-Ali





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 05-03-2008

Durée: 1h24

 

Faire son deuil

Né dans les Aurès, mais élevé en France dans les Hautes-Alpes depuis son plus jeune âge, Amor Hakkar a fait des études scientifiques avant de s’orienter vers le cinéma et la littérature. Seize années vont s’écouler entre son premier film (Sale Temps pour un Voyou -1992) et La Maison jaune qui lui a été inspiré par la mort de son père dont il a accompagné le corps depuis Briançon jusqu’à son douar d’origine, dans les Aurès. Il a commencé la rédaction du scénario en 2004, nous ne le voyons qu’en 2008, nouvelle preuve que mener un projet de film à son terme demande vraiment une patience infinie…

Sur une route escarpée d’Algérie, une joyeuse cohorte de voitures approche : c’est une noce, musique en tête, cris joyeux, salves de klaxons… Elle dépasse une fillette qui bêche, sous le soleil, la terre aride d’un champ. La caravane nuptiale s’éloigne bientôt remplacée par une voiture de gendarmerie qui s’arrête devant l’enfant. Le gendarme lui annonce que son frère aîné, qui faisait son service militaire, est mort dans un accident de voiture. Elle court vers un champ voisin annoncer la nouvelle à son père, Mouloud. Tous deux regagnent la petite maison familiale où la mère s’effondre de chagrin. Le père décide d’aller rechercher le corps de son fils à l’hôpital de Batna, distant de 150 km. Il part sur son mini tracteur, sorte de vieux tricycle motorisé qui se traîne sur la grande route, comme le héros d’Une Histoire vraie, de David Lynch.

Amor Hakkar, qui interprète également le rôle du père, nous conte l’odyssée de cet homme analphabète qui va se heurter aux diverses formes des tracasseries administratives ou policières qu’il surmontera grâce à la bienveillance permanente des fonctionnaires, ce qui transformerait presque le scénario en conte de fée. (Si l’Administration algérienne est réellement aussi humaine et compréhensive que le petit peuple rencontré par Mouloud durant son périple, on ferait bien de s’en inspirer). De retour à la maison, après les funérailles, Mouloud souffre de voir sa femme restée prostrée sans pouvoir surmonter son chagrin. Il demande à la pharmacie des pilules contre la tristesse. Hélas, elles n’existent pas, mais le pharmacien lui conseille de repeindre sa maison en jaune, remède efficace, paraît-il…

Entre constat social et conte oriental, ce récit délicat pâtit d’être trop étiré pour atteindre la durée d’un long métrage et les allers-retours à 5 km/h sur la route de Batna semblent bien longuets. Mais la pudeur et la sensibilité qui émanent de cette histoire, le désir de voir la générosité remplacer l’égoïsme dans les relations humaines, ainsi que la qualité des trois interprètes principaux, atténuent ces faiblesses. L’autre atout du film réside dans une très belle bande sonore qui mêle guitare solo et chants berbères, jusqu’au plan final qui verra renaître un léger sourire sur le visage de la mère regardant son fils sur une cassette vidéo, ultime hommage du cinéaste aux vertus de l’image animée.