La Ronde de nuit
Nightwatching

Film anglais de Peter Greenaway

Avec Martin Freeman, Eva Birthstle, Jodhi May, Emily Holmes, Toby Jones, Natalie Press


Sélection Mostra de Venise-2007


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 27-02-2008

Durée: 2h16

 

Enquête picturale

Après Meurtre dans un jardin anglais, étonnant polar « 18e siècle » réalisé en 1982, Peter Greenaway, peintre, romancier et cinéaste, a enchaîné une série de films originaux mais dont les scenarii, souvent obscurs, rebutèrent progressivement un public trop décontenancé par un hermétisme envahissant. Avec cette Ronde de nuit, menée à nouveau comme une sorte d’enquête policière, il retrouve la veine de son premier succès et devrait reprendre une place méritée parmi les quelques réalisateurs majeurs du cinéma contemporain.

Avec Van Gogh, Rembrandt a plus souvent tenté les cinéastes que Leonard de Vinci ou Gustave Courbet dont les vies sont pourtant pleines de péripéties. Depuis quelques années, il a inspiré Jos Stelling (1977), Charles Matton (1999) et, aujourd’hui, Peter Greenaway. Est-ce dû uniquement aux qualités de sa peinture ou à sa vie sentimentale tumultueuse ? Sans écarter cet aspect de sa personnalité, Greenaway tente surtout d’éclairer les obscures raisons de la déchéance de l’artiste après la livraison d’un de ses plus fameux tableaux, La Ronde de nuit, commandé par la Milice civile d’Amsterdam. A cette époque, il était traditionnel, dans la peinture hollandaise, de représenter en groupe les personnages importants de la cité dans des postures avantageuses. Rembrandt, alors au sommet de sa gloire, va oser transformer les édiles de la ville en une troupe caricaturale de notables déguisés. Greenaway imagine que ce tableau est « codé » et implique dans un meurtre sordide les personnages représentés, soulignant éventuellement leurs moeurs dissolues et la complicité qui les unit. Le scénario énumère les détails picturaux qui pourraient justifier cette thèse. La Milice civile, qui n’avait jamais apprécié le côté « parvenu » de ce peintre issu des milieux populaires, se serait vengée en précipitant sa ruine.

Peter Greenaway estime que les oeuvres de Rembrandt préfigurent parfaitement l’image du cinéma, avec ces fonds noirs où vient s’inscrire un sujet lumineux. Il a donc conçu sa mise en scène selon ce précepte, traitant le film dans un espace volontairement théâtral, avec des plans larges et fixes captant des décors stylisés et sombres, entrecoupés de rares scènes en extérieurs. Giovanni Solamar soutient par sa musique aux sonorités d’époque la progression de l’enquête et de la déchéance annoncée. Le résultat donne une oeuvre impressionnante qui replace sans conteste Peter Greenaway dans le groupe restreint de créateurs authentiques.