Coupable

Film français de Laëtitia Masson

Avec Hélène Fillières, Jérémie Renier, Amira Casar, Denis Podalydès


Présenté au 58e Festival de Berlin


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 27-02-2008

Durée: 1h47

 

Tous coupables

Pour son septième long métrage, Laetitia Masson joue de nouveau la carte du décalé. Oscillant entre les genres, Coupable met en scène le théâtre du réel et son drame essentiel, le rapport amoureux. Un film troublant et envoûtant, à l’image de son héroïne, Hélène Fillières.

« Sans le péché point de sexualité et sans sexualité point d’histoire ». Vraisemblablement, Laetitia Masson a des comptes à régler avec la morale judéo-chrétienne. Mais si le slogan à l’affiche de Coupable est volontiers provocateur, le propos du film est autrement plus subtil : jeu de chats et de souris gris dans le quotidien banal de Saint-Etienne, l’argument sorti tout droit d’un film de Chabrol vire très vite à la quête métaphysique de l’âme soeur. Mais une quête noire, diabolique, à l’instar du regard ambigu que chaque être porte sur l’autre – la moitié de Platon, le prochain des Evangiles, mais aussi l’enfer de Sartre.

A cheval entre la stylisation romanesque et l’observation réaliste, Coupable sonde le rapport amoureux avec poésie et acidité tout à la fois. D’où ce sentiment de flottement et d’inquiétante étrangeté qui domine tout le film, qu’aucun genre ni ton n’arrivent à circonscrire tout à fait. Un film tout de failles et de ruptures, à l’image de ses personnages, qui semblent hésiter entre la présence et l’absence au réel de l’intrigue. C’est cette distance, cette étrangeté à soi et aux autres, cette impossible identification avec le spectateur qui les rendent tous coupables, à leur façon. Une parabole brillante de notre société.